Tuesday, November 8, 2011

Destin

Crédit photo : http://www.labidikm.com
Nouvelle de science fiction écrite en mars 2004. Presque un an après les attentats de Casablanca.

Benslimane, le 18 août 2002 : le visiteur

Par ce bel après-midi d'été, je sirotais mon thé à la menthe tout en écoutant une douce mélodie de "tarab andaloussi". Cette musique ancestrale qui nous vient d'Andalousie arabe était propice à la détente et à la méditation. Soudain, quelqu'un sonna à la porte. En ouvrant je me retrouvai en face d'un jeune inconnu vêtu d'un djellaba blanc.

  • "Oui ?" demandai-je à mon interlocuteur, "que puis-je pour vous ?"
  • "Salamou alaykoum, puis-je entrer, j'aimerais vous entretenir d'une affaire importante."
  • "Alaykoum salam, entrez, je voue prie".

J'offris à mon hôte un verre de thé avant de l'inviter à aborder le sujet de sa visite.

  • "Je ne sais pas par quel bout commencer, mais je vais aller droit au but. Je m'appelle Yahia Zemmouri je viens du futur pour vous entretenir d'une affaire importante concernant la sécurité de notre pays."
  • "Ah je vois ! et si je vous suis bien vous êtes-là pour m'avertir de la venue d'une méchante créature qui va venir du futur pour tuer votre père pour éviter que vous, vous ne soyez sois né et vous empêcher ainsi de libérer le peuple de la terre d'horribles machines !" répondis-je ironiquement.
  • "Non, je ne plaisante pas, il ne s'agit pas d'un film. C'est la réalité. En fait je suis né en 2061 et je vis en ce moment en 2080. Le maroc encourt un grave danger si nous n'agissons pas maintenant pour l'éviter" répondit froidement mon jeune interlocuteur avec un air si sûr qui ne manqua pas de me perturber. Je regardai au fond des yeux de mon invité pour essayer d'y déceler un quelconque dérangement mental ou la trace d'un blagueur endurci, mais je n'y voyais qu'une détermination sans faille et un air un peu soucieux.
  • Admettons. Est-ce que vous êtes en train de m'expliquer qu'en 2080 l'humanité a inventé la machine à remonter le temps ?
  • Si vous voulez, mais disons que par un entraînement spécifique il est possible de remonter le temps.
  • Cela me semble fort improbable, physiquement parlant et c'est un euphémisme.
  • Pas si improbable que ça si vous y pensez vraiment. Vous admettez avec moi qu'au niveau des particules élémentaires comme les électrons et les protons l'expérience montre que ces particules peuvent se déplacer vers le futur ou vers le passé ?
  • Oui, en effet. Mais un électron qui se déplace vers le passé n'en est plus vraiement un : il devient un positon.
  • Justement, il n'y a aucune différence entre un électron et positon sauf par la charge, le premier a une charge négative et l'autre positive. Par analogie, un objet macroscopique tel qu'un individu, peut se déplacer vers le passé moyennant un changement dans l'équivalent de la charge de l'électron que nous nommons 'champ de Khan'.
  • Je n'ai jamais rien lu sur ce champ de Khan ...
  • C'est vrai qu'en 2002 ce champ n'était pas encore connu. C'est un physicien pakistanais qui l'a introduit. Cela a permis d'unifier la force de gravitation avec la mécanique quantique, deux disciplines restées longtemps inconciliables. Avec ce nouveau concept, même des objets massifs macroscopiques deviennent régis par la mécanique quantique et se voient ainsi interprétés comme des quantifications du champ de Khan.
  • "Hum ..." dis-je d'un air rêveur. "Continuez jeune homme, je vous suis parfaitement".
  • "Si la formulation mathématique a été faite par Khan en 2050, on est resté presque 20 ans dans une période de grande confusion. Même si la nouvelle physique était confirmée parfaitement par l'expérience au niveau microscopique, cette conception de la physique avait du mal à trouver un terrain d'expérience ou d'application au niveau macroscopique." Le jeune homme s'interrompit pour vider son verre de thé.
  • "Cela me semble plausible, mais nous ne m'avez toujours pas expliqué l'objet de votre visite." rétorquai-je au jeune homme tout en lui servant un nouveau verre de thé.

Aremd, 5 mai 2077 : ZAD


Une ambiance fiévreuse était palpable dans cette zawya située à Aremd, un village perchée à 2700 mètres. Le pied du sommet le plus haut de l'Afrique du nord, le mont Toubkal qui culmine à 4165 m, est l'endroit rêvé pour se soustraire aux soucis de la civilisation moderne. Les randonneurs de montagne qui passent à quelques centaines de mètres d'ici pour entamer leur ascension vers le sommet ne soupçonnent pas l'existence de cette zawya, ZAD. La Zawya des Ahbabs Addayane ou Zawya des Adorateurs de Dieu connaissait peut être son jour le plus excité depuis qu'elle a été fondée il y a quelques décennies déjà.

Le concept de "zawya" est aussi vieux que le Maroc. Il s'agissait à l'origine de confréries religieuses qui alliaient à la fois la pratique mystique et l'enseignement d'une manière générale. Ces institutions avaient chacune à leur tête un "cheikh", une sorte de guide spirituel et temporel. Les zawayas étaient plus ou moins politisées en fonction de la puissance du régime central. Tout l'espace vide laissé par le pouvoir central était assez rapidement rempli par les zawyas. Le maroc en 2077 a bien changé. Pays démocratique et laïque, l'Islam y est toujours largement pratiqué mais il est maintenant une affaire personnelle complètement en dehors du champ politique. Ni les opposants ne l'utilisent pour renverser le régime, ni ce dernier ne s'en sert pour assujettir les citoyens. Ces derniers sont représentés par des institutions démocratiques et le roi, symbole de l'unité du pays, règne mais ne gouverne pas. Un Conseil Suprême des Oulémas est institué pour exprimer l'avis des savants de l'Islam sur les questions du moment, mais ce conseil a un statut purement consultatif. Formée de spécialistes multidisciplinaires, cette institution pratique l'Ijtihad. Cette activité scientifique dont l'essence est de promulguer de nouvelles règles de l'Islam s'insiprant de l'éthique de cette religion et s'adaptant à l'évolution des sociétés et de leurs environnements.

A l'image du pays, les zawyas ont aussi changé se consacrant à leur rôle de recherche spirituelle. Les disciples de ZAD ont une approche originale : ils allient la prière mystique à la recherche scientifique. Le fondateur de la zawya, un certain Ahmed Benmansour, était un brillant professeur de mathématique au MIT aux Etats-Unis avant de revenir à son village natal et fonder cette zawya. On ne sait pas au juste ce qui a décidé ce premier cheikh de la ZAD à revenir à ses origines pour se consacrer à la recherche de la félicité ici bas avec la prière et la méditation. Tout ce qu'on sait c'est qu'après son pèlerinage à la Mecque il est revenu complètement métamorphosé. L'originalité de sa zawya tient du fait qu'elle faisait de la recherche scientifique un moyen de méditation. Plusieurs brillants esprits scientifiques réputés sont issus de cette zawya.

En attendant que les 130 zadistes se rassemblent dans la grande salle de la prière qui fait office de salle de réunion, le cheikh avait du mal à contenir l'excitation de ses disciples. Des discussions enflammées se déclenchent par-ci et là dans un lieu où, en principe, on doit être complètement dévoué à Dieu. Une fois que tous le monde est rassemblé, le cheikh prononça ce discours :

"Mes chers frères, je comprend votre nervosité, c'est bien la première fois dans l'histoire de l'humanité que nous avons réussi à mettre en oeuvre une technique fiable et sécurisée pour remonter dans le temps. Comme toute nouvelle technique révolutionnaire, elle suscite les passions et provoque les divergences. Nous sommes là pour statuer sur une question cruciale pour l'avenir de notre pays et même celui de l'humanité. En effet, de notre échec ou notre réussite dépendra le sort de beaucoup d'humains directement ou indirectement. Comme vous le savez, dès la découverte de cette technique il y a maintenant deux ans, nous ne cessons de l'étudier aussi bien théoriquement que par quelques expériences. Aujourd'hui un certain nombre d'entre vous souhaitent utiliser cette technique pour conjurer le sort tragique d'un certain nombre de nos compatriotes qui un jour se trouvés victimes de plusieurs attentats sanglants. Une autre partie parmi vous estime qu'il est encore trop tôt pour mettre en oeuvre réellement cette technique. Avant que cette assemblée ne prenne de décision par voie de vote je propose que l'on discute tous ensemble et que l'on pèse le pour et le contre avant de prendre une décision. Je vous cède donc la parole."

Après cette introduction du cheik, il s'ensuivit un débat houleux mais dont voici les principales péripéties.
  • Cheikh, si nous refusons de faire cette expérience nous serons dans la situation de non assistance à personne en danger. Nous savons que nous pouvons sauver des vis et éviter des drames et nous persistons à tergiverser.
  • Cher frère, nous ne sommes pas dans la situation que tu décrits. En effet, nous ne sommes pas certain de pouvoir réussir. Pire nous ne savons même pas les risques que nous courons. Vouloir apporter assistance à des centaines de personnes et mettre en danger des milliers voire des millions d'autres ce n'est pas très malin.
  • J'ai l'impression que tu exagères un peu, cela fait deux ans que nous étudions la question sous tous les angles et les risques sont vraiment minimes.

Le débat s'orientait également vers le choix de l'intervention à faire dans le passé.

  • Quelqu'un pourrait m'expliquer le choix des événements du 16 mai 2003 à Casablanca et Marrakech comme cible. Pourquoi ne pas cibler l'une des nombreuses guerre meurtrières qui ont ensanglanté le passé de l'humanité et mettre tous ses efforts pour les éviter.
  • Croyez-le mon frère notre démarche n'est pas égoïste. Si nous intervenons aussi proche dans l'espace et dans le temps c'est que notre savoir est limité et nos modèle de simulation sont flous ou inopérant dès que l'on s'éloigne dans l'espace ou dans le temps.
Après la discussion il y eut le vote et le "oui" l'a emporté. Les zadistes remonteront le temps pour changer le cours de l'histoire récente du maroc. Une fois la décision prise, tout le monde fait de son mieux pour l'appliquer et la faire réussir. Une décision de l'assemblé de ZAD engage tous les zadistes et chacun s'efforce d'oublier les différents d'avant le vote.

Benslimane, le 18 août 2002 : la mission


En guise d'explication de sa mission, Yahia sortit du capuchon de son djellaba un numéro d'un journal daté du 17 mai 2003 et me le tendit. Je lus à la une avec de gros caractères :"Attentats sanglants hier à Casablanca et Marrakech : bilan provisoire 200 morts et plus de 500 blessés" Avant de lire la suite de l'article je levai des yeux effarés vers Yahia comme pour m'assurer qu'il ne s'agissait pas d'une mauvaise blague, mais l'air grave qu'il arborait me faisait craindre que ce que je lisais était la sombre réalité. J'ai terminé la lecture en diagonale l'article sur les attentats puis je me retournai vers Yahia et lui dis :

  • Je devine un peu ce que vous voulez faire mais avant de vous suivre dans votre raisonnement j'ai un problème de logique. Supposons que l'on empêche tous les terroriste de commettre leur forfait, il n'y aura donc plus d'attentats.
  • Oui, en effet.
  • Et il n'y aura donc plus de raison que vous soyez là puisque dans le futur, d'où vous venez d'après vos dires, il n'y aura plus d'attentats.
  • C'est l'objection classique que l'on oppose à toute idée de voyage dans le temps. Pour vous répondre simplement, je dirai que dans l'avenir d'où moi je viens, il y a bien eu des attentats. Maintenant, toi et moi nous avons une seconde chance, nous allons essayer d'infléchir cet avenir pour qu'il prennent une autre direction où il n'y a pas de victimes. C'est un peu comme si tu roulais en voiture tu t'es trompé de chemin sans te rendre compte. Après quelques kilomètres, conscient de ton erreur tu décides de retourner en arrière et suivre une autre route, un autre destin.
  • Donc l'univers serait en fait un espace-temps qui boucle sur lui même, modifie son histoire puis continue sur un autre chemin et peut boucler ainsi sur lui même autant de fois qu'une de ses parties décide de revenir en arrière pour changer l'histoire. Cela ne mènerait-il pas à un chaos ces retours incessants en arrière ?
  • Non, si le système est bien conçu. Pour comprendre cela j'userai d'une analogie. Un espace-temps qui se modifie lui même est comme une chaudière réglée par un système à rétroaction. L'ingénieur qui l'a conçue y a incrusté un mécanisme d'autorégulation que les automaticiens appellent une boucle de régulation. Quand la température augmente la pression augmente et celle-ci actionne le clapet qui diminue le débit du fuel de chauffage et donc la température diminue. Quand la température diminue, la pression diminue, le clapet laisse passer plus de fuel et la température augmente à nouveau. Évidemment ce jeu de yoyo arrive à un équilibre que les automaticiens ont calculé auparavant. Cet équilibre correspond à la température et la pression désirées par le concepteur de la chaudière. Dans ce système la température comme la pression deviennent mutuellement à la fois cause et effet l'une de l'autre presque de manière continue. Dit autrement, on peut dire que l'effet a précédé la cause ! Idem pour notre univers. Il produit des êtres qui reviendront de manière continue en arrière pour changer son histoire qui leur a donné naissance et ce jusqu'à arriver à un équilibre.
  • Même si d'un point de vue logique cela se tient, d'un point de vue philosophique j'ai encore du mal à avoir les idées claires. Par exemple, dans notre philosophie religieuse, l'avenir est l'apanage de Dieu, en principe il m'est impossible de savoir que dans 9 mois il y aura des attentats sanglants, or je viens justement de lire ce destin dans un journal que vous m'amenez le plus simplement du monde. Il y a quand même de quoi être secoué non ?
  • En fait, Dieu qui a conçu cet univers, a bien prévu cette possibilité d'autorégulation. Dieu connaît l'état d'équilibre auquel va arriver l'univers à une époque donné, mais pas vous ni moi. A propos des attentats que nous allons essayer d'éviter en remontant dans le temps. Est-ce que nous sommes réellement certain que nous allons les empêcher ? Nous allons certes essayer mais le résultat est incertain. Donc en dépit du journal que vous avez entre les mains, on ne sait pas ce qui va se passer réellement demain. Ce que vous lisez sur le journal est un futur possible. C'est une route que nous pouvons en effet prendre mais nous ferons tout pour l'éviter et prendre une autre plus agréable.
  • Et si on ne faisait rien, les attentats auront lieu quand même. Donc on le connaît bien cet avenir.
  • Non, si nous n'agissons pas, peut être que d'autres le feront ou peut être pas. En somme nous ne savons rien de l'avenir.
  • Là vous me donnez le vertige. Si je comprend bien n'importe qui à n'importe quel moment peut revenir en arrière et diriger l'histoire vers une direction peut être opposée de quelqu'un d'autres ?
  • Au niveau individuel et local oui. Mais au niveau global, tout l'univers tend vers un équilibre défini par son Concepteur. Si je reprend l'image de la chaudière, nous serions les molécules d'eau qui chauffent dans la chaudière et qui partent dans tous les sens sous l'effet de la chaleur dans un mouvement individuel désordonné et anarchique. Cependant le mouvement désordonné des molécules tend globalement vers un équilibre qui détermine la température et la pression de la chaudière. Les molécules infimes que nous sommes ignorons tout de l'équilibre que nous participons, par notre agitation, à déterminer.
  • Nous avons à la question : pourquoi me choisir moi ? suis-je impliqué dans les attentats ?
  • Non, ce n'est pas cela du tout. Nous avons décidé d'enquêter sur les 20 kamikazes qui se sont fait exploser à Casablanca et Marrakech. En général, nous préférons ne pas les contacter directement. Nous contactons quelques personnes ayant des connaissances en physique ou suffisamment ouverts d'esprit pour comprendre et accepter notre démarche. De plus la personne contactée devra avoir une affinité idéologique avec les kamikazes ...
  • Pardon, que voulez-vous insinuer par cela ? quelle affinité pourrais-je avoir avec des auteurs d'attentats ?
  • Ne vous fâchez pas, ce que je veux dire c'est que vous êtes un musulman pratiquant et vous allez à la mosquée tous les jours. Vous êtes donc plus proche de ces jeunes islamistes qu'un marxiste qui considère que la religion est l'opium des peuples. Sachez que ces jeunes kamikazes sont pour la majorité de jeunes issus des quartiers pauvres de Casablanca et Marrakech et qui n'ont pas eu la chance d'avoir une bonne éducation. Ils sont la cible aisée de manipulateurs de tout genre. Quelqu'un de pratiquant et de tolérant comme vous à toutes les chances de les persuader.
  • Comment allons-nous procéder ?
  • J'ai ici les noms et les photos de 5 kamikazes habitant au quartier Sidi Moumen à Casablanca. Notre mission est de les convaincre de renoncer à ce qu'ils vont faire.

Casablanca, le 19 août 2002 : Sidi Moumen


Sidi Moumen, ce quartier pauvre de Casablanca est constitué essentiellement de plusieurs bidonvilles poussant comme des plaies infectées sur la périphérie de la ville blanche. A l'origine bâtis comme des habitats temporaires par des immigrants venant de la campagne chercher du travail dans la capitale économique, ces quartiers de la honte sont devenus rapidement le cauchemar permanent des autorités locales de la ville comme de l'administration centrale. Sans eau courante, sans réseaux d'assainissement, ces quartiers se sont transformés en ghettos qu'on cache par des grands murs lorsqu'ils longent un axe routier important. On ne veut pas que les touristes voient ces quartiers ou tout simplement, on veut se mentir à soit même en jouant à la stratégie de l'autruche. Ce n'est pas les projets de leur éradication qui manquent. Cependant, à chaque fois que l'on reloge une partie, d'autres habitats insalubres se créent profitant de la corruption. Ce genre de quartier était le terrain de chasse de tous les extrémistes et des délinquants de tout poil.

Il était quatre heure trente du matin, le quartier était désert. Quelques rares individus, convergeaient, comme moi, vers la grande mosqué de Sidi Moumen pour la première prière de la journée. Celle-ci a lieu juste avant l'aube. L'hiver, cette prière d'Al-Fajr a se déroule vers 6h30' mais en été c'est plutôt vers 4h du matin qu'elle a lieu. Des fois, ceux qui se sont levés tôt pour aller à cette prière croisent les fêtards qui viennent de rentrer et qui n'ont pas encore dormi. On peut croiser aussi les "hitistes" du mot arabe "hitte" ou "hayte" qui signifie mur. Les "muristes" sont ces jeunes chômeurs qui restent toute la nuit et une partie de la journée addossés à un mur au coin de rue en train de bavarder. Eux, ils attendent le lever du jour pour aller dormir dans les places libérées par leurs plus jeunes frères et soeurs. Voilà une manière efficace pour gagner un peu plus d'espace pour dormir !
J'arrivai à la mosquée, enlevai et rangeai mes chaussures, fis la prière de "salut" de la mosquée puis m'adossai à une poutre en attendant la prière commune. Je scrutais du regard les rares courageux qui se sont déplacés à cette prière matinale. Je ne tardai pas à trouver ce que je cherchais. Deux des cinq jeunes dont Yahia m'a montré les photos étaient bien là. J'avais vu juste. Vu leur ferveur religieuse, ces jeunes ne peuvent manquer cette prière matinale, de plus le fait que le nombre de fidèles était restreint, cela me facilitait ma recherche. Restait le plus difficile : développer une stratégie d'approche qui ne soulèverait pas de soupçons. J'ai longuement réfléchi à la question avant de venir à la mosquée. Comment un homme âgé de quarante ans comme moi peut-il aborder des jeunes de moins de trente ans et gagner leur confiance. J'avais la possibilité directe et rapide d'utiliser les informations de l'enquête dont je disposais en leur disant que je venais de la part de leur chef Abou Hassan à Fes. Mais cette solution était risquée. Il fallait donc patienter et jouer sur plusieurs semaines. J'ai donc décidé d'abord de me faire remarquer par mon assiduité. Je stationnais à chaque fois ma voiture devant la mosquée et ne manquais aucune prière d'Al-Fajr. Avec la tête de bon père de famille que j'avais et mon assiduité à la prière je ne ressemblais pas à un flic. J'avais des chances de gagner la confiance de ces groupes très secrets et très méfiants. Avec ma voiture et mes vêtements qui contrastaient avec la pauvreté du quartier je voulais me faire remarquer et qui sait, peut être me faire recruter si jamais ils ont besoin dans leur réseau d'un bon père de famille inspirant confiance et en plus motorisé. Ma patience paya au bout d'une semaine. Ce vendredi après la prière d'Al-Fajr, à peine sorti de la mosqué, un jeune de ma liste, m'aborda :
  • "Salamou alaykoum " dit-il en souriant.
  • "Alaykoum salam" repondis-je avec le sourire également.
Ce fût tout pour cette première journée. Le lendemain on progressa davantage, après le rituel salamou-alaykoum-wa-alaykoum-salam ce fût une question :
  • On ne te voit pas à toutes les prières mon frère, tu ne viens donc qu'à la prière d'Al-Fajr ?
  • Oui, en fait je n'habite pas ici. J'habite à Benslimane. Ce mois d'août j'ai une université d'été à l'université d'El Jadida. Sur ma route vers cette ville je passe par votre mosqué où je fais ma prière. A six heures trente du matin je suis déjà sur place. J'ai largement le temps de prendre le petit déjeuner avant de commencer le travail.
Toutes les informations étaient justes. Pour éviter les soupçons, si jamais j'étais surveillé, il fallait que tout soit juste. La seule petite entorse à la réalité c'est qu'avant je faisais la prière d'Al-Fajr près de chez moi à Benslimane et je ne m'arrêtais pas à Sidi Moumen.
  • Tu es donc un professeur à l'université ?
  • Oui !
  • L'université d'El Jadida ?
  • Non, celle de Rabat mais ce mois d'août je travaille à El Jadida.
Ainsi chaque jour on progressait dans notre relation, davantage de confiance s'installe entre nous. D'autres jeunes se joignirent à nous progressivement. On parlait 10 à 15 minutes devant la mosquée avant que chacun de nous aille à ses préoccupations. Les discussions étaient banales et tournaient autour du travail de chacun ou de principes de base de la reigion concernant les prières par exemple, etc. Chaque soir je rencontrais Yahia et lui rendait compte de mes progrès. Il m'amenait à son tour soit des éléments nouveaux sur le groupe où je veux m'infiltrer soit les nouvelles d'autres personnes comme moi qui approchaient les autres terroristes.
Au fur et à mesure que la confiance s'installe, les discussions devenaient de plus en plus longues et pouvaient durer jusqu'à une heure, mais jamais plus. Un jour nous parlions de l'actualité :
  • "Que penses-tu l'invasion de l'Irak par les états unis ?" me lança un des jeunes.
  • "Que veux-tu que j'en pense mon frère. Les américains veulent jouer au gendarme du monde. Après avoir corrigé la Yougoslavie et bombardé son territoire sans relâche, c'était le tour de l'Afganistan et maintenant c'est l'Irak qui paye. A qui le tour ? la Corée ? l'Iran ? " répondis-je
  • "La Yougoslavie et la Corée ne sont que des leures, ce qui les intéresse c'est de détruire le monde musulman et exploiter ses richesses" me lança un jeune sèchement.
  • "Je ne pense pas qu'il faut voir des raisons religieuses partout. Aux états unis, en général ce sont des raisons économiques qui priment" rétorquai-je
  • "Faux mon frère !" cria un autre jeune "les juifs et les sionistes nous font croire cela, en fait ils veulent dominer le monde en contrôlant les états unis"
Je voyais que j'avais beaucoup de travail, je décidai de m'armer de patience et d'ajourner la discussion à une autre fois. Ces jeunes n'étaient pas violents du tout. Ils étaient simples et comprenaient leur religion au premier degré. Je partageais avec eux les références coraniques , les traditions du prophètes et même certains auteurs salafistes comme Ibn Taymia mais on n'avait pas la même profondeur de vision. Pour eux le monde est soit bon soit mauvais et sous-entendu bon est synonyme de musulman et mauvais tout ce qui s'éloigne même d'un yota du texte sacré. Je savais qu'ils recevaient un endoctrinement par ailleurs abusant de leur candeur. Il me fallait donc contre-carrer ces idées avec patience et méthodologie. Ma méthode consistait à partir de nos textes communs et de certaines citations bien choisies d'Ibn Taymia et son illustre disciple Ibn Al Qayim pour qu'ils prennent davantage de recul par rapport à eux-mêmes. J'essayais de leur expliquer que même les non musulmans iront au paradis s'ils n'ont pas reçu bien comme il faut le message de la religion islamique. Qui peut prétendre que les non musulmans reçoivent le message du vrai Islam, sans déformation ? Personne ! Par conséquent Dieu ne peut tenir rigueur aux noms musulmans d'un enseignement qu'ils ne connaissent pas. Doucement mais sûrement, des idées de tolérance ont été distillées dans nos discussions. Dorénavant personne ne se posait plus en "juge" des consciences. On laissait cela à Dieu pour en juger. Nous sommes ici-bas pour transmettre le message et non pas pour juger les gens ou les forcer à accepter notre message. J'ai découvert que parmi mes interlocuteurs il y avait des "marocains afghans". Ce sont ces marocains qui sous les yeux consentant des états unis de l'époque allaient renforcer la guerrila islamique contre l'occupant soviétique. Après le retrait des soviétiques ces marocains sont retournés au maroc. Ils étaient plus ou moins ignorés par la police marocaine jusqu'aux attentats du 11 septembre et la croisade américaine contre tout ce qui touchait de près ou de loin à l'Afghanistan. L'un de ces marocains afghan me lança un jour:
  • Tu as vu comment l'état marocain est fier de ses services secrets qui ont collaboré avec les américains pour torturer nos frères afghans. Je connais certains prisonniers de Guantanamu : ils ont été torturés et humiliés par les américains et la police secrète marocaine est complice de ce crime.
  • Tu as raison, ce n'est pas très malin pour notre pays de participer activement à une guerre qui ne le concerne pas. Nous n'avons pas frontière ni avec l'Afghanistan ni avec les Etats-Unis, alors pourquoi fourrer le nez là où ne pouvons récolter que l'animosité de certains.
  • "Il ne faut pas dire qu'ils ne sont pas très malins, il faut dire que ce sont des apostats car ils ont pactisé avec les mécréants et tous ceux qui pactisent avec les mécréants sont eux même des mécrants dit le Coran." me lança-t-il violemment.
J'ai été un peu surpris par ces propos violents. Les autres jeunes que j'avais progressivement à mon message tolérant guettaient ma réaction et voulaient vraiment savoir ce que je pense de ces paroles. Je me suis tu un instant et ayant baissé les yeux je me suis remémoré les images inhumaines de ces prisonniers du camp de Guantanamu parqués dans des cages subissant les pires sévissess physiques et psychologiques. Même sans connaître personnellement ces malheureux on peut compatir avec ces pauvres humains qui payent pour des crimes qu'ils n'ont peut être pas commis. Je relevai mes yeux et regardai le marocain afghan au fond des yeux et lui disais :
  • Tu as raison mon frère, ces prisonniers qui subissent ces sévices est une honte pour tout l'humanité. On ne peut pas accepter que des humains soit traités de la sorte. C'est la barbarie pure. Malheureusement nos dirigeants ont fait de mauvais calculs. En soutenant les tortionnaires ils croient qu'ils vont avoir le soutien des Etats-Unis dans notre cause nationale, mais ils se trompent lourdement. Les américains ne connaissent que leurs intérêts et il ne donneront rien au marocains. Mais dits-moi mon frère, si nos dirigeants ont commis des erreurs, même les plus graves, est-ce une raison pour les ex-communier ? Certes logiquement, ils doivent rendre compte de leur politique devant le peuple et devant Dieu mais ils restent des marocains et des musulmans. De plus, la violence n'a jamais engendré que la violence. Arrêtons ce cycle infernal. Soyons responsables. Soyons sages. Résolvons nos problèmes par le dialogue et la lutte pacifique. Dieu n'a-t-il pas demandé au prophète dans le Coran de privilégier le dialoguer tant que cela est possible ? Le prophète n'a-t-il pas dit que le grand Jihad est le Jihad de soit, c'est -à-dire la maîtrise de ses pulsions et de ses excès de violence contre soit même, contre les autres humains ou contre l'environnement ?
Le "marocain afghan" ayant constaté que je partage sincèrement sa peine s'est contenté de baisser la tête sans répondre. Il n'était pas encore convaincu, mais une brêche était faite la carapace dure qui enveloppait son coeur meutri par tant de violences vécues au plus profond de lui même.

Aremd, le 5 juillet 2077 : un vent de panique


Le cheikh était en pleine méditation aprés la prière d'Al-Asr quand une dizaine de zadistes sont venus le voir en courant.
  • Mon cheikh ! excuses-nous de te déranger mais l'affaire est grave
  • Que se passe-t-il mon fils ?
  • Nos frères Cheikh, nous perdons nos frères !
  • Calme-toi est explique-moi ce qui se passe.
  • Cela fait environ deux mois que nous avons entamé l'expérience de remonter dans le temps. Cela se passait très bien jusqu'à hier soir. On a perdu le contact avec deux de nos frères voyageant vers 2002 et ce matin nous avons encore perdu trois autres. Nous ne comprenons pas ce qui se passe. D'habitude nos frères restent dans un état de profonde méditation mais respirent normalement et restent en position assises aussi longtemps qu'ils voyagent dans le temps. Les frères que nous avons perdu hier et ce matin ont commencé par avoir des convulsions et des difficultés à respirer puis ils ont sombré dans un comma profond. Il ne sont cliniquement pas morts mais nous avons perdu tout contact avec eux.
  • Avez-vous envisagé la possibilité de tomber sur une faille de l'espace-temps. Ces points d'inflexions dans le modèle mathématique où les équations de champs de Khan ne sont plus continues ?
  • Oui, cheikh, nous avons bien vérifié cela il n'y a rien d'anormal de ce côté-là, tous nos frères voyagent dans un espace-temps lisse et continu.
  • Y a-t-il une autre explication ?
  • Seule explication possible c'est la collision avec la ligne d'univers d'autres voyageurs dans le temps. Cela peut produire des catastrophes imprévisibles localement.
  • Mais, à notre connaissance personne ne maîtrise encore cette technique sur terre ... Ah je vois. Serait-ce nos lointains descendants qui nous jouent des tours ?
  • C'est possible cheikh, c'est la seule explication !
  • Dans ce cas il faut rappatrier tous les zadistes immédiatement avant de déplorer d'autres pertes.
  • Mais cheikh la plupart n'ont pas encore terminé leur mission. Il n'y a que Yahia et Omar qui ont des résultats probants, les autres attendent encore.
  • Tant pis, nous ne pouvons pas sacrifier nos frères pour une cause que nous ne maîtrisons pas de toute façon.
  • Et ces malheureuses victimes des attentats ?
  • Mon fils, il faut se résigner à la volonté de Dieu. Nous sommes comptables devant Dieu pour les efforts que nous faisons pas pour les résultats que nous obtenons. Nous avons effectué ce qui est écrit que l'on fasse. Ordonnez à nos frères de retourner immédiatement.

Benslimane, le 17 mai 2003 : Epilogue


J'étais assis dans le salon en train de lire les tristes nouvelles dans le journal. Yahia, m'a subitement quitté il y a deux jours sans me donner d'explications. Moi même et un autre volontaire à Marrakech avions réussi dans notre mission. Nous avons dissuadé les terroristes mis sous notre responsabilité d'exécuter les plans qui leur ont été dictés. Jusqu'au bout ils avaient maintenu l'illusion vis-à-vis de leurs commanditaires mais ils étaient convaincus qu'il ne fallait pas tuer ses frères et soeurs. Ils avaient compris que l'on ne combattait pas la violence avec la violence, que l'on ne corrigeait pas les maux du pays à coup de bombes. Leur patrie avait besoin de leur sacrifice non pas en se faisant exploser mais en participant activement au développement de leur terre natale. Les autres terroristes n'ont pas pu être pris en charge à temps et ils sont allés jusqu'au bout. Certes nous avons réduit le nombre de victimes mais toute souffrance est de trop.

De toute façon, ce n'était pas bien grave, j'allais remonter le temps et corriger cette erreur. J'avais eu peur en voyant ce sympathique mais naïf Yahia me foncer dessus dans ma ligne d'univers. Heureusement que je l'avai esquivé à temps et j'avais joué la comédie avec lui. C'était la seule façon de survivre lui et moi. Il est vrai qu'en 2077 ils n'avaient pas encore établi le code de la route spatio-temporelle. Ils voyageaient n'importe comment au risque de provoquer des accidents.

Postscriptum


Toutes ces émotions m'ont éprouvées. Heureusement, que ma mission se termine dans deux mois et je pourrai revenir à temps pour fêter l'anniversaire de ma fille Khaoula qui soufflera ses dix bougies le 22 février 2196.

Implant de Schrödinger

Cette nouvelle SF a été écrite en juillet 2000 en hommage posthume à l'astronome disparu Jean Heidmann.

Des chercheurs accomplissent la prouesse de communiquer outre-tombe !

Dédicace


Le texte ci-dessous est dédié à la mémoire de Jean Heidmann et en guise d'amitié à ses proches ainsi qu'à ses amis et/ou admirateurs.

Bruit de pas

Un silence sidéral s'est abattu sur le cercueil. Jean entendait les pas de ses proches et de ses amis qui s'éloignaient de sa tombe. Il savait que le contact ne pouvait être établi qu'au bout de 15 minutes. Ce délai minimum nécessaire pour accorder l'émetteur/récepteur quantique sur sa propre fréquence fut long comme une éternité. Jean et son ami Daneel ont mis au point un vrai bijoux de la technologie, afin de capter les ondes associées aux objets macroscopiques. L'équation de Schrödinger prévoit qu'à tout objet matériel il est possible d'associer une onde dont le carré du module donne la probabilité de détecter l'objet en question dans un point donné de l'espace. Si cette fonction d'onde se manifeste au niveau atomique, elle est indécelable au niveau macroscopique à cause de la petitesse de la constante de Planck, qui prévoit une probabilité infime des manifestations quantiques au niveau macroscopique. Seulement voilà : un jour, Jean, physicien de génie, discutait avec son ami Daneel, biologiste hors pair, sur certaines ondes cérébrales captées par ses instruments sur des malades en coma profond. Ces ondes très faibles et éphémères sont par conséquent extrêmement difficiles à détecter. En regardant les relevés que Daneel lui présentait, Jean a remarqué que les fréquences détectées obéissaient à une loi de probabilité et que ce pouvait être des solutions de l'équation de Schrödinger dans laquelle la constante de Planck serait remaniée. C'est ainsi qu'ont débuté leurs recherches et ils se sont rendus compte que les individus, dans un profond sommeil ou dans le coma, émettaient des ondes cérébrales spécifiques et caractéristiques de l'individu. Mieux ! Ils ont constaté que ces ondes peuvent être modulées par des messages qui ont l'air de provenir du subconscient de la personne mais cette modulation était plus ou moins chaotique et difficile à maîtriser. C'est là qu'ils ont eu l'idée de génie de concevoir un implant, baptisé l'Implant de Schrödinger, à placer par chirurgie dans le cerveau. Son rôle est de détecter ces messages qui traversent la partie droite du cerveau, élimine le bruit et amplifie ces ondes cérébrales modulées. Les premiers cobayes étaient bien sûr eux mêmes et c'est là qu'une aventure extra-ordinaire a commencé.

Communication posthume


« Bonjour Jean, comment ça va ? » Il avait l'habitude de ce genre de messages reçu pendant les expériences durant le sommeil qu'il menait avec Daneel, mais les recevoir après la mort du corps matériel était plus qu'une aventure extra-ordinaire. Pendant les expériences durant le sommeil, l'un des deux comparses devait dormir profondément (sans drogue ni somnifères, c'est nécessaire pour la réussite de l'expérience) et l'autre restait braqué à l'émetteur récepteur quantique, après une phase de recherche où l'appareil essaye diverses fonctions d'ondes avant de détecter le bon canal de communication. Une fois l'appareil accordé sur les ondes spécifiques du dormeur la communication pouvait être établie. Tout l'échange est enregistré. Au réveil, le dormeur ne se souvient pas du dialogue, il lui reste juste quelques bribes décousues comme dans un rêve. Tout laissait croire que l'exploit réalisé au niveau du sommeil pouvait s'effectuer après la mort... « Salut Daneel, cela me fait énormément plaisir de communiquer avec toi, c'est vraiment fabuleux, ça marche !
  • Oui c'est vraiment magnifique ! Comment te sens-tu ?
  • Plus que bizarre, je n'ai pratiquement plus aucune sensation matérielle, à peine je distingue encore quelques sons qui me parviennent par le corps qui m'abritait mais ça devient de plus en plus faible et je crois que je ne tarderais pas à être coupé complètement de mon ex-corps. 
  • Est-ce une libération ou un handicap ? 
  • J'aurais tendance à penser que c'est plutôt une libération mais je suis encore très confus, je ne saisi pas exactement ce qui m'arrive et communiquer avec toi rend les choses encore plus inimaginables. 
  • Qu'en est-il de cet horizon qui nous limitait dans les expériences du sommeil et qui semblait cacher des choses magnifiques ? 
  • Il n'existe plus ! Je sais maintenant ce que c'était. En fait, notre perception de notre corps nous empêchait de nous émanciper. Maintenant que je suis libéré je vois tout ! Mais j'avoue que je suis encore ébloui, j'ai du mal à concevoir ce que je vois ou plutôt j'ai du mal à le formuler avec des phrases, mais ce que je sais c'est que c'est magnifique. 
  • Et l'implant de Schrödinger, il fonctionne toujours ? Tu crois qu'il tiendra le coup par les conditions qui règnent la-dessous ? 
  • Euh non ! Je n'ai plus besoin de cet implant, d'ailleurs mon cerveau matériel, je crois qu'il a cessé de fonctionner, maintenant je communique avec toi directement sans besoin d'amplificateur. 
  • Mais c'est extra-ordinaire ! 
  • Tu l'as dit, mais... »
Soudain la communication fut interrompue, Daneel a d'abord cru à une défaillance de son émetteur/récepteur quantique, mais il a tout vérifié, tout avait l'air de bien marcher mais il ne recevait plus rien, le canal de son ami Jean mémorisé par l'appareil restait désespérément silencieux. Daneel a alors cru que l'expérience allait se terminer là et que c'était vraiment trop beau pour être vrai. Epuisé et attristé, il alla dormir.

Ils sont là


Daneel se leva le lendemain matin avec un mal de tête fou. Un bon café l'aida à retrouver partiellement ses esprits. Il se dirigea directement à son labo guidé par un instinct indescriptible... Et là ce fut la surprise. Il avait dans le temps branché un magnétoscope avec l'émetteur/récepteur quantique en vue d'enregistrer sous forme vidéo les ondes cérébrales mais sans grand succès. Là, il a constaté que la bande VHS de 3h était complètement enregistrée. L'émetteur/récepteur semblait complètement hors d'usage. Il brancha le magnétoscope à la télé puis commença à regarder le film enregistré. Après quelques grésillements et crépitements typiques d'un bruit blanc d'ondes cérébrales, une image apparut à l'écran : celle de son ami Jean qui, d'une voie joyeuse et jeune lui disait : « Salut Daneel ! Je suis désolé d'avoir coupé court la communication de tout à l'heure, euh... d'hier. Mon signal est devenu subitement de plus en plus fort et j'ai craint que ton émetteur/récepteur n'entre en résonnance et se disloque en mille morceaux avant que je puisse te dire tout ce que j'ai à te dire. J'ai donc attendu que tu dormes et là j'ai mis à contribution ton cerveau et l'implant qui s'y trouve ainsi que l'émetteur/récepteur pour enregistrer ces images. Elles resteront pour toi un souvenir et un témoignage. J'ai beau essayer de canaliser le flux de mes pensées elles ont été trop fortes c'est ce qui explique ton mal de tête et l'état de ton émetteur. Je ne dispose plus de ce corps matériel qui diminuait le flux de mes ondes quantiques et aucun appareil construit avec la technologie actuelle de l'humanité ne pourra supporter les énergies véhiculées par mes pensées. Tu ne pourras pas non plus me voir dans ton sommeil, même à l'aide de ton implant, car je me situe au delà de cet horizon dont on a déjà parlé. Tu sais, ils sont bien là les ET que SETI cherche tant à contacter. J'ai vu les vaisseaux spatiaux d'une civilisation qui a précédé la nôtre de quelques centaines de millions d'années. Ces engins là sont régis par un principe appelé par certains physiciens : téléportation. En effet, avec ce principe l'ordinateur à bord de l'engin spatial, en fonction de la vitesse choisie, calcule la prochaine position et téléporte instantanément tout l'engin et ses occupants vers la prochaine position calculée. Tu sais, cher ami, dans ce monde, l'effet tunnel, la téléportation et autres bizarreries quantiques sont monnaies courantes et la loi unifiant le monde quantique avec la relativité me paraît maintenant si évidente mais je ne peux malheureusement pas te la formuler même si tu étais un physicien confirmé. Les ET que j'ai rencontrés hier viennent d'une étoile dans la galaxie d'Andromède. Ils peuvent faire le voyage de leur étoile vers notre système solaire de manière instantanée, grâce à la téléportation. Mais bien sûr, ils préfèrent se balader à travers les étoiles et les galaxies. Leurs ancêtres avaient déjà établi une carte des mondes susceptibles d'avoir des êtres vivants et ils suivent cette carte comme nous suivons les circuits touristiques sur Terre. Le temps pour moi et pour ces ET n'a pas le même sens que pour les humains sur Terre. Pour nous, le temps ne se distingue pas des autres dimensions de l'espace-temps, nous pouvons voyager dans l'espace-temps dans toutes les directions avec cependant quelques contraintes difficiles à t'expliquer en ce qui concerne le voyage dans ce que vous appelez le passé. Les ET que j'ai rencontrés, sont comme moi, libres de tout corps matériel. Mais pour goûter à tel ou tel autre sensation ils ne se privent pas de s'incarner dans un corps matériel quelconque vivant ou inanimé, avec cependant quelques règles de déontologie que tout le monde respecte et qu'il est fastidieux de t'expliquer. Contrairement à moi, les ET se sont libérés volontairement et depuis plusieurs millénaires de l'emprise de leur corps matériel grâce à une technologie hyper avancée, quant à nous humains, nous devons attendre l'accomplissement du processus de libération du corps de manière naturelle avec souvent des risques de déquantification de l'être vivant. Ce que j'entends par déquantification, c'est le fait que l'être vivant n'a plus d'ondes quantiques spécifiques, il devient un spectre continu et se meut dans le rayonnement cosmique pour former par la suite le rayonnement fossile. Donc un être vivant est réellement mort quand il perd son identité quantique (son spectre ondulatoire) et se confond avec le rayonnement cosmique. Tu l'as compris, le rayonnement fossile n'est pas un vestige du big bang (d'ailleurs celui-ci n'existe pas, pas plus que le red shift, mais c'est long à expliquer) mais ce sont les restes d'êtres vivants qui ont succombés soit suite à la destruction de leur corps matériel soit, ce sont des êtres qui se sont libérés de leurs corps et qui ont vécu et atteint l'âge de déquantification. Nous ne sommes pas éternels. Nous subissons continuellement une érosion de notre spectre ondulatoire spécifique à cause de phénomènes physiques qu'il m'est difficile de t'expliciter ici. La durée de vie moyenne pour nous est de l'ordre de quelques centaines d'années, le plus vieux ET que j'ai rencontré compte à son palmarès 2537 ans terrestres. Moi, j'ai eu de la chance avec l'implant dans mon cerveau. Cela m'a aidé à continuer à rayonner même après le dépérissement de mon corps. Mon ami Akhyon, originaire d'Andromède, ayant reçu mon message de détresse a pu me sauver en m'extrayant in extremis de mon corps défaillant. Je te promets, cher Daneel, que le jour ou tu quitteras ton corps je serai là, avec Akhyon, pour te sauver. Cher Daneel, je n'ai pas usé de ton cerveau et détérioré ton émetteur/récepteur quantique pour rien, en fait je voulais absolument te montrer l'enregistrement vidéo que j'ai effectué pour toi en t'enregistrant en lumière visible et en sons audibles, ce que j'ai vu à travers les hublots et entendu dans la soucoupe volante de mon ami Akhyon d'Andromède. Il m'a offert dès ma libération, en guise de bienvenue, une petite balade, je t'en dis pas plus, je te laisse te régaler. Je ne pourrais plus te contacter mais je capte en permanence tes ondes cérébrales, le jour ou tu viendras passer à l'autre bord je serai là pour t'accueillir, au revoir cher ami et bon voyage. »

Splendissimo


La vidéo qui suivit était d'une qualité extra-ordinaire, comme si cela sortait directement d'un studio moderne hollywoodien mais avec la différence que ce sont là des images réelles vues par Jean, puis transmises ici bas à travers le cerveau de Daneel. « Aïe, ma pauvre petite tête, elle a souffert pour transmettre tout ça ! » se dit Daneel. Sur ce, il s'est servi un deuxième bon café et a regardé la suite, émerveillé. Au début de la vidéo on pouvait voir un engin volant, sorte de disque aplati d'une dizaine de mètres de rayon, avec des hublots tout autour. Un zoom permet de pénétrer dans l'appareil et d'y voir plein d'instruments sophistiqués. Au poste de pilotage, deux personnes ressemblent étrangement à Yoda, le personnage du film la Guerre des étoiles. L'une d'elles fait signe de la main et dit « Hé je suis Jean et voici mon ami Akhyon, qui nous a fabriqué ces deux corps à l'image d'un héros hollywoodien. Les ET s'amusent à regarder les films des terriens et à créer des corps qui ressemblent à ce qu'imaginent les réalisateurs de cinéma. Ils les utilisent ensuite pour se balader sur Terre ou dans la galaxie. Aujourd'hui nous nous déguisons en Yoda, comment tu le trouves ce déguisement ? sympa non ? ». Ensuite, la caméra s'est approchée d'un hublot et Daneel a commencé à contempler le paysage. La soucoupe survole d'abord Paris au dessus de la tour Eiffel et fonce vers le sud, à faible altitude, mais à grande vitesse, sans bruit et sans bang ultrasonique. En traversant la Méditerranée, la soucoupe ralentit pour descendre au niveau d'une troupe de dauphins. Un échange a lieu entre ces animaux et les occupants de la soucoupe. Jean explique que les dauphins les ont averti de la présence d'une petite embarcation de clandestins africains. Ceux-ci veulent traverser le détroit de Gibraltar vers l'Europe, mais ils sont pris dans une tempête et sont en danger de mort. La soucoupe change de direction et se rend à l'endroit indiqué par les dauphins. Akhyon actionne quelques instruments et l'embarcation avec ses occupants est transportée, comme par enchantement, vers la terre ferme. « Aïe ! Des ET passeurs de clandestins, ça craint » pense Daneel. La soucoupe continue son voyage vers le pôle sud. Arrivée à un point donné de la banquise, elle s'engouffre dans la glace en creusant un puits profond de plusieurs centaines de mètres, jusqu'à atteindre un océan ou un lac sous terrain. La soucoupe continue alors sa progression cette fois-ci horizontale jusqu'à ce qu'on aperçoive une grande ville sous l'eau protégée par un dôme immense. L'activité à l'intérieur de la ville était débordante. Des êtres humanoïdes, peut-être même des terriens, s'affairaient à leur travail en ville, d'autres labouraient des champs avoisinant la ville avec des techniques sophistiquées et non polluantes. Après une visite rapide de cette étrange cité sous-marine, la soucoupe sort de la bulle par un sas prévu à cet effet et reprend le chemin de la surface et de là vers l'espace. Après une chevauchée de la comète de Haley, la soucoupe se téléporte vers l'étoile Rigel... Là les 180 minutes de la cassette vidéo se sont épuisées et on peut imaginer quelle a été la déception de Daneel en voyant le rembobinage automatique de la bande. Suite à cet épisode bouleversant, Daneel a commencé à se retirer de plus en plus de la vie quotidienne. Ses proches le croient affecté par la disparition de son ami Jean, d'ailleurs il n'a pas voulu assister à ses obsèques et est resté cloîtré dans son laboratoire. Malgré, les paroles de Jean, Daneel n'était pas convaincu qu'il était impossible de pousser les limites de l'horizon imposé par le corps matériel et qui empêchent les ondes cérébrales de communiquer librement. Il n'était pas compétent en physique pour améliorer la qualité de l'émetteur/récepteur ni de l'implant de Schrödinger. Il ne restait plus qu'une hypothèse folle et il fallait absolument l'essayer. Cette idée folle lui est venu lors d'un voyage au sud du Maroc que des amis lui ont conseillé pour qu'il oublie un peu son chagrin.

Epilogue


De retour du Maroc, tous ses proches ont constaté la différence flagrante dans l'attitude de Daneel. Il est redevenu joyeux, heureux et aime la vie. Ils ont également constaté, qu'une fois terminé son travail au laboratoire du CNRS où il continue de faire ses recherches de biologie, il se retire dans une chambre de méditation aménagée chez lui : il ferme les yeux, prononce des paroles en arabe, se concentre et c'est la métamorphose. Vu de l'extérieur, il reste inerte insensible à tout ce qui peut se passer autour de lui des heures durant. Vu de l'intérieur, il a réussit à «voir» au delà de l'horizon imposé à son corps matériel et probablement, il est entrain d'explorer la galaxie avec ses amis Jean et Akhyon. Sa mort a été un peu spéciale, lors d'une séance de méditation, il est tout simplement parti, le sourire aux lèvres et son corps repose maintenant à côté de celui de son ami Jean. Un électronicien habitant à quelques kilomètres du cimetière où reposent les deux amis, ne comprend pas d'où viennent les parasites détectés par un appareil ultra sensible qu'il est entrain de réaliser. Les implants de Schrödinger sont alimentés par une pile atomique minuscule dont la demie vie est égale à 100 ans et ils servent maintenant à relayer des messages envoyés par Jean, Daneel et Akhyon à qui veut les détecter et les décoder...

Les 4 copains







Un petit conte naïf sur l'amitié, écrit il y a quelques années et diffusé sur une liste de diffusion.

Quatre jeunes gens, un musulman, un chrétien, un juif et un athé, amis de longue date, montent dans un ballon à air chaud pour faire une petite balade aérienne. Soudain, à des centaines de mètres au dessus du sol, une petite météorite perce le ballon qui commence alors à perdre de l'altitude et menace de s'écraser au sol. Les jeunes gens calculent qu'ils leur reste environ 15 minutes avant le point de non retour et l'écrasement au sol. Cependant, s'ils allégent le poids à bord du ballon ils auront une bonne chance de s'en sortir. Concrètement, il faut que l'un des quatres jeunes se jette par dessus bord pour sauver ses camarades. C'est alors que la discussion suivante a lieu entre les amis :

  • le musulman : moi ma religion m'assure d'aller au paradis si je me sacrifie pour sauver des humains qui sont de surcroît mes amis. C'est donc à moi de sauter par dessus bord.
  • le chrétien : Ah  non, il n'en est pas question ! Jesus nous a donné le modèle à suivre, il s'est sacrifié pour sauver l'humanité, c'est à moi de me  sacrifier pour sauver mes amis.
  • le juif : Ecoutez mes amis, vous êtes très sympa mais ma religion est la plus ancienne. Le sacrifice c'est nous qui l'avons pratiqué en premier. Je ne vois personne d'autre mieux que moi pour sauter par dessus bord.
  • l'athé : votre sens de l'amitié et du sacrifice me touche vraiment mais s'il y a des personnes qui méritent de vivre, c'est bien vous trois. Vous porterez le flambeau d'amitié et de fraternité entre les peuples et les religions. Quant à moi, même si je ne crois pas au paradis, je crois aux valeurs humaines et c'est à moi de me jeter dans le vide.

Ayant épuisé tous leurs arguments et personne n'ayant réussi à convaincre ses pairs, ils décident de tirer au sort. Le musulman prend quatre morceaux de papiers et marque leurs noms dessus. Il demande à un ami de tirer au sort, c'est le nom du musulman qui est tiré. Au moment où il veut sauter par dessus bord, ses amis vérifient les autres morceaux de papiers et se rendent compte qu'il avait écrit son nom quatre fois pour se sacrifier. Ses amis l'empêchent donc de sauter. Le chrétien, leur dit alors qu'il va compter jusqu'à 13 pour désigner la personne qui sera sacrifiée. Fin arithméticien, il commence le comptage de manière à ce que le numéro 13 tombe sur lui. Ses amis l'empêchent de sauter ayant détecté l'astuce. Le juif sort un jeu de tarot de sa poche et après avoir coupé les cartes il demande à chacun de tirer une carte. Le premier qui tombe sur un Joker sautera par dessus bord.  Fin artiste magicien, il sort un joker de son manche et le montre à ses amis. Ces derniers vérifient le jeu de cartes restant et se rendent compte qu'aucun autre joker n'existe. Preuve qu'il s'est débrouillé pour garder le seul joker sous son manche pour le sortir au moment opportun. Le jeune athé, fort pragmatique, ne dit rien à ses amis et se contente de se jeter par dessus bord. Ses trois amis, d'un seul bond se jettent dans le vide pour essayer de le sauver. Ils se retrouvent donc tous par dessus bord... Dans le vide, ils se tiennent alors tous la main et forment un cercle aérien, puis se laissent tomber ensemble dans le vide et attendent la mort, le coeur solide et empli d'amitié, de sérennité et de bonheur.

A peine quelques secondes plus tard le ballon explosa au dessus de leur tête et il touchèrent le sol ... sains et saufs, sur un des grands et nombreux matelas pneumatiques que les pompiers avaient mis au sol en prévision de leur chute. En fait, depuis le sol les secours ont vu ce qui s'est passé. Le ballon avait pris feu sans que les jeunes gens s'en rendent compte. Il fallait quitter le ballon et se jeter dans les airs. C'est ce que les pompiers s'acharnaient à leur dire avec un haut parleur depuis le sol, mais les jeunes gens ne pouvaient les entendre. La tête enfoui dans la nacelle,  ils étaient tous sourds à leurs appels. Ensuite, comme par enchantement,  les spectateurs médusés ont vu les quatres jeunes gens se jeter ensemble dans le vide en se tenant la main. Leur amitié les a sauvés.

L'aître de Saint Maclou

Crédit Photo : panoramio.com
Cette nouvelle d'histoire et de science fiction a été écrite en août 2006 et a été publié sur un de mes anciens sites web qui n'est plus en ligne. 

Deux corps de jeunes gens sont découverts bien conservés après 1100 ans d'inhumation près d'une vielle église, dans la ville de Rouen. De Oualidia à Paris, de Casablanca à Courdou et de la Terre à Pluton, cette nouvelle conjugue l'histoire des dinosaures à celle de l'Andalousie, le plaisir de la gastronomie à celui de la musique ...Ce récit est également celui de l'amour, de la haine, de l'intelligence et de la décadence humaine.


Nostradamus

  • Mais comment peux-tu être aussi sûr de ce que tu dis, Yasser ?
  • Ecoute Pierre, c'est très simple ! Les dinosaures ont disparu il y a combien d'années ?
  • Il y a environ 65 millions d'années.
  • Soit. T'as déjà entendu parler de la ceinture de Kuiper ?
  • Vaguement, oui ...
  • Il s'agit d'une ceinture d'astéroïdes située aux confins de notre système solaire. Contrairement à celle qui se situe entre Mars et Jupiter, à 285 millions de km de la terre, cette formation de rochers orbite à près de 7 milliards de kilomètres du soleil. Bien au-delà de l'orbite de Pluton.
  • Quel est le rapport avec notre propos. Si ces astéroïdes gravitent à des milliards de kilomètres de la terre, il n'y a pas de risque que l'un d'eux vienne causer des dégâts sur terre.
  • Justement, c'est là l'objet de mes recherches. La communauté scientifique a bien établi aujourd'hui que la ceinture de Kuiper à un plan de rotation atypique autour du soleil. Il est fortement incliné et variable par rapport au plan de l'écliptique, plan virtuel dans lequel la quasi- totalité des planètes gravitent. De plus, cette ceinture croise l'orbite de la terre de manière périodique. J'ai établi que cette période est de l'ordre de 65 millions d'années, justement.
  • Il me semble que ta théorie ne fait pas l'unanimité au sein de la communauté des astrophysiciens. 
  •  Tu connais les scientifiques aussi bien que moi. Contrairement à ce que l'on croit, la raison scientifique ne motive pas souvent leur jugement. De plus, je crois que le fondement mathématique de ma démarche les dérange. J'ai basé tous mes calculs sur la théorie mathématique des catastrophes, discipline bien mal nommée, je le reconnais. Si la physique classique étudie les systèmes dans leur état stable et prévisible, la physique des systèmes complexes permet d'étudier des objets instables dont le comportement est difficile à prévoir. L'idée fondamentale de cette théorie est qu'un système physique ou autre peut avoir un comportement tellement complexe que toute prévision de sa dynamique future devient impossible avec les outils mathématiques usuels. La théorie des catastrophes nous aide à voir plus clair dans ces systèmes. En les modélisant, il est désormais possible de pousser plus loin notre capacité de prévoir leur évolution. Seulement, il faut disposer de mesures expérimentales de plus en plus fines des conditions initiales de ces systèmes complexes. 
  •  Justement ! seule l'expérience permettra de départager tes supporters de tes détracteurs.
  • Tu as raison. En fait, j'ai omis de te le dire. La semaine dernière après le colloque de Oualidia où j'ai présenté mon dernier article sur le sujet, j'ai été contacté par le directeur de l'ISA (International Space Agency). L'agence compte, lors du prochain vol d'exploration de Pluton, effectuer des expériences sur la dynamique de la ceinture de Kuiper. On mesurera avec une précision ingénalée, par les instruments actuels, la période de rotation et l'inclinaison de l'axe de rotation de la ceinture. On m'a demandé de concevoir ces expériences.
  • Si l'ISA a décidé de mener ces expériences c'est qu'elle prend très au sérieux tes idées.
  • Ce ne sont pas de simples idées, mais une certitude. Le destin de la terre est scellé. La fin du monde est proche.
          Pierre n'a pas répondu à cette prophétie lugubre de son ami Yasser. Attablés sur la terrasse de "L'Araignée Gourmande", restaurant avec  vue imprenable sur la lagune de Oualidia, les deux amis Yasser Nosrati, l'astro-physicien d'origine iranienne et Pierre Labrot, le journaliste scientifique d'origine française, discutaient depuis presque deux heures.
           Oualidia, petite ville située à 180 kilomètres au sud de Casablanca, est bien connue pour sa plage et ses spécialités de poissons. La seule côte au Maroc où l'on peut se baigner sur les deux rives opposées d'une lagune se trouve à Oualidia. Une chaîne de collines côtières de rocs et de sable, sorte de presqu'île rallongée, laisse passer l'eau de l'océan en un seul endroit. L'eau qui s'engouffre crée la lagune à l'eau paisible, protégée des vagues de l'océan par la jetée naturelle formée de collines. Comme si cette magie ne suffisait pas, par marée basse, une île de sable se forme au beau milieu de la lagune. Les nageurs y font escale sur la terre ferme avant de passer à l'autre rive. Les pique-niqueurs du dimanche préfèrent utiliser les services des passeurs propriétaires de barques antiques en bois. Ces derniers les  embarquent  avec armes et bagages et notamment le classique barbecue en terre cuite pour faire griller les sardines fraîches fournies par le port de Safi, situé à 60 kilomètres de là. Durant la traversée en diagonale, prolongée exprès par les passeurs pour justifier le prix demandé aux touristes, les vacanciers peuvent profiter de la vision féerique qu'offre la rive depuis le large. C’est l'occasion d'admirer les vestiges du palais du roi Mohamed V, monarque de la dynastie des Alaouyines. Cela permet également d'admirer des espèces protégées d'oiseaux migrateurs ou encore une flore rarissime préservée par une géographie qui la rend inaccessible au piétinement insouciant des touristes ou des autochtones.
          Durant le repas copieux, composé de fritures de poissons et de fruits de mer, le dialogue entre les deux amis avait vite tourné vers l'obsession de Yasser : la fin programmée de l'humanité et de la quasi- totalité des espèces sur terre. Le pessimisme de la discussion contrastait avec le plaisir du menu et l'insouciance des estivants sur la plage. En ce début d'après-midi, la plage était bondée de vacanciers. Certains bronzaient sous le soleil d'août, d'autres jouaient au tennis de plage tandis que d'autres profitaient joyeusement de la baignade dans la lagune. Pierre essayait tant bien que mal de profiter de l'ambiance, mais le discours pessimiste de son ami finit presque par l'envoûter. Il savait très bien que celui-ci ne jouissait pas d'une bonne réputation auprès de ses confrères qui lui reconnaissaient tous sa compétence professionnelle, mais n'appréciaient guère ni son caractère ni ses idées saugrenues sur la fin du monde. Il était facile de déformer son nom, Nosrati, en Nostradamus, du nom du père des prophéties catastrophiques du Moyen Age. D'un tempérament colérique et le verbe cinglant, il n'avait aucune chance de gagner des amitiés parmi ses confrères. Il n'hésitait pas à tourner en dérision un collègue qui commettait une erreur de logique ou qui utilisait un raisonnement non fondé mathématiquement, de manière rigoureuse. Il n'aimait pas non plus expliquer les "évidences" aux personnes  de QI moyen. Les étudiants non brillants n'avaient aucune chance de suivre son cours sur la théorie mathématique des systèmes complexes. Si l’ un d’eux lui posait une question qu'il estimait in-intéressante, il n'y répondait pas et continuait son cours comme s'il n'avait rien entendu. Par contre, à une interrogation qui lui paraissait digne d'intérêt, il pouvait passer plusieurs minutes à y répondre. Il se foutait de la pédagogie comme un dromadaire de sa bosse. Il avait gagné sa réputation d'empêcheur de tourner en rond depuis le temps où il était étudiant. Le jour où un éminent professeur d'université présentait un article qui avait fait couler beaucoup d'encre élogieuse, il surprit l'assistance en interrompant le brillant orateur lors d'un passage crucial de sa démonstration par une phrase devenue célèbre dans le campus : "Votre raisonnement est faux Signor. Sinon Zénon n'aurait pas tort !" Derrière le ton moqueur, la référence au paradoxe de Zénon d'Elée était un indice qui révélait la faille dans le raisonnement du professeur. En fait la somme d'une série numérique infinie ne peut être finie que si la série est convergente. L'assistance, rompue aux subtilités du raisonnement mathématique, comprit vite l'allusion de Nosrati et la bourde commise par le chercheur. Ce dernier publia plus tard un article qui résolvait la difficulté soulevée par Nosrati.
          L'amitié qui liait Labrot et Nosrati était des plus étranges. Voici deux êtres que tout opposait mais qui se liaient d'amitié et passaient des heures ensemble. Quand on posait la question à Nosrati il répondait par une phrase du genre : "Le proton et l'électron ont tout qui les oppose et pourtant l'atome d'hydrogène existe !" Si quelqu'un insistait, le professeur explique en usant toujours de la même métaphore "Vous n'êtes pas sans savoir que la masse du proton en dehors de l'atome est légèrement supérieure à sa masse à l'intérieur de celle-ci. Une partie de la masse est transformée en énergie de liaison" Comprenez par là que Nosrati fait des concessions pour faire durer son amitié avec Labrot. Ce dernier, a suivi un cursus non scientifique. Il était juriste de formation. Ensuite il a été recruté par un journal scientifique. Sa rigueur et sa curiosité intellectuelle ainsi que sa plume facile mais usant de mots justes et d'expressions précises le prédestinait au journalisme scientifique. Diplomate, beau parleur, élégant et galant avec les femmes, Labrot incarnait tout ce que Nosrati n'était pas. Il a rencontré ce dernier lors d'un congrès scientifique et se sont vite liés d'amitié. Pierre appréciait le grand esprit scientifique et Yasser admirait l'amoureux du verbe et de la plume. Leur amitié durait depuis dix ans.
          Ce jour, après cette longue discussion autour d'un repas à Oualidia, Pierre se tut. Tout en sirotant son thé à la menthe, les paroles de son ami raisonnaient encore dans son esprit. Il comptemplait les insouciants qui prenaient un bain de soleil ou de mer. Avaient-ils la moindre idée de ce qui les attendait ? Et si ce soleil dont tout le monde profitait sur la plage était amené à disparaître sous un nuage opaque de poussière soulevé par l'impact de l'astéroïde ? Et si tout cette civilisation, ces plaisirs, cette humanité allaient soit brûler sur le bûcher provoqué par l'impact de l'astéroïde soit noyés par le gigantesque tsunami soulevé par ce projectile que nous enverrait Kuiper ? L'humanité allait-elle céder la terre à une espèce qui serait mieux adaptée que notre race ? Qui soupçonnait, il y a 65 millions d'années que les minuscules mammifères allaient régner sur terre et enfanter de cette race humaine alors que les dinosaures étaient les maîtres incontestés de la planète ? Pierre prolongeait son regard plus loin à l'horizon en direction des forêts qui abritaient quelques espèces rares d'oiseaux ou d'animaux. Serait-ce possible que parmi ces espèces, existerait la race qui supplanterait l'humanité ? A moins que les lois implacables de l'évolution n’ élisent une espèce inconnue de l'homme ? Peut-on imaginer un plan pour sauvegarder l'espèce humaine en cas de catastrophe majeure due à un astéroïde ? Il y a 65 millions d'années, 80% des espèces terrestres ont disparu en un clin d'oeil géologique. La race humaine, malgré sa puissance technologique, paraît encore plus vulnérable que les dinosaures, jadis. Ce qui inquiétait le plus Pierre c'était l'intérêt porté par l'IAS aux travaux de son ami. Cela confirmait bien que le problème était plus sérieux que ne laissait apparaître l'establishment politique et scientifique de la planète.

Zyriab

  • Maîtresse !  Maîtresse !
  • Qu'est-ce qui t'arrive ? pourquoi  cries tu comme une folle ?
  • Les barbares ont attaqué le fort Almoudawar, ils sont à vue d'oeil de la muraille de Qortoba !
  • Idiote ! tu m'as fait si peur ! Je croyais que la corde du rabab (sorte de violon) s'était cassée ! Amène l'instrument que je t'ai confié et appelle Zyriab, le musicien.
  •  Mais , Maîtresse ...
  •  Tais-toi et exécute ce que je t'ai dit.
          Quelques instants plus tard, un jeune homme beau et élégant fit son entrée chez la princesse. Il s’inclina respectueusement devant elle avant de lancer d'un ton solennel "Zyriab, à votre service Princesse !". La princesse en question était Mahassine ,fille unique de l'Emir de Qortoba, Abderrahmane bnou Al-Hakam. A cette époque, en l'an 840, l'Espagne resplendissait de la civilisation arabo-musulmane dans les principales villes de la péninsule ibérique. Qortoba (Cordoue), Ichbilia (Séville), Gharnata (Grenade), Malaqa (Malaga), Tolaïtila (Tolède) et Saraqosta (Saragosse) étaient des villes rayonnantes de prospérité de culture et de savoir. Parmi toutes ces villes, Qortoba a été la capitale de l'Espagne musulmane durant toute l'époque où le pays était unifié sous le règne des Omeyades. Par la suite après le démantèlement de  cet empire , sous les coups conjugés des Abbassides à Baghdad et des insurgés chrétiens en Espagne, chacune des villes est devenue un royaume autonome.
          Malgré les problèmes politiques, l'Espagne musulmane était à cette époque à son apogée scientifique et culturelle. Pendant que le reste de l'Europe était plongé dans l'ignorance et la superstition, la science et la civilisation arabo-musulmanes rayonnaient dans ces villes. De grands penseurs musulmans comme Ibn Sina (Avicenne), Ibn Khaldoun, Al Farabi, Al Khawarizmi et  autres, ont poussé la connaissance de l'humanité vers de nouveaux sommets, intégrant puis dépassant la pensée grecque. De nouvelles disciplines telles que l'algorithmique, la médecine, la chimie et la physique ont été développées par les savants arabes. Les grandes familles chrétiennes européennes de l'époque n'hésitaient pas à envoyer leurs enfants s'instruire dans les universités de l'une ou l'autre ville d'Espagne selon le contexte et les alliances politiques du moment. Côté artistique, si la sculpture ou la peinture de formes humaines étaient contraires à l'éthique musulmane (on répugne à imiter la création de Dieu), la poésie, la musique, les arts figuratifs, la calligraphie et l'architecture avaient atteint le summum en cette période de l'histoire. Les Emirs musulmans d'Espagne et le Calife à Bagdad rivalisaient de beauté dans les constructions, architectures des villes et créations artistiques.
          Zyriab était non seulement le plus connu des musiciens andalous et musulmans en général, mais il était également une icône pour la jeunesse musulmane et chrétienne de l’Espagne de l'époque. D'origine perse, il a fui Baghdad pour venir s'installer à Qortoba.  Sa coupe de cheveux, sa barbe, ses vêtements étaient imités par une jeunesse « avant-gardiste ». Les idées de liberté de pensée trouvaient leur expression dans une musique nouvelle, "branchée", selon la terminologie moderne. Le flamenco est originaire de cette musique nouvelle créée par Zyriab. Ce musicien talentueux était un virtuose de l'instrument arabe "l’oud" auquel il a rajouté une cinquième corde. Zyriab a trouvé dans le cadre féerique du palais de Qortoba l'ambiance propice pour exprimer tout son art.
  • J'ai besoin de tes bons conseils, Zyriab, lança la princesse Mahassine.
  • Je suis tout ouïe, Princesse.
  • Tu connais le prince Samuel Ximénés, fils du roi de Navarre Garcie Ximénès, qui poursuit ses études à Qortoba ?
  • Oh oui, je connais très bien ce jeune homme charmant et intelligent. Il brille de mille feux dans tous ses cours, notamment dans le cours de musique.
  • Je ne sais pas comment te le dire... En fait, j'aime Samuel et lui aussi m’aime. Et il me demande en mariage.
  • Hum ...
  • Je ne sais pas comment le dire à mon père et je souhaite avoir ton avis sur la question.
  • Le moment est vraiment très mal choisi pour parler à votre père de ce sujet. Il est sorti depuis ce matin pour aller mater la rébellion chrétienne au fort Almoudawar. Ces barbares n'ont pas trouvé meilleure idée que de se lancer tête baissée pour affronter la puissante armée de notre Emir. Ils cherchent le martyr à tout prix et sous n'importe quel prétexte, aussi futile soit-il.
  • Oui, ces guéguerres ne finissent jamais. Justement notre mariage ne serait-il pas de bonne augure pour la paix et l'amour entre les humains quelle que soit leur race ou leur religion ?
  • Sur le principe, d'un point de vue politique, nos relations avec le royaume de Navarre sont excellentes. Nous avons soutenu ce royaume contre les Francs. Nous avons échangé des ambassadeurs avec eux et nous recevons chaque année une délégation militaire que nous formons aux arts de la guerre. Leurs étudiants sont également les bienvenus dans nos universités. Donc en principe, cet éventuel mariage ne devrait pas poser de problème politique, bien au contraire. Par contre, il y aurait un souci religieux, vous devinez lequel ?
  • Non, pas de problème de ce côté. Samuel a déjà embrassé la foi musulmane et il est prêt à le déclarer officiellement devant le Qadi (le juge) de Qortoba.
  • Je ne pense pas que cela sera du goût du père de Samuel ni de tous ces fanatiques religieux chrétiens. Vous le savez très bien, ces derniers considèrent que nous autres musulmans, nous dépravons leur jeunesse et nous la détournons du droit chemin. Annoncer une telle déclaration officielle leur donnerait des arguments supplémentaires pour haranguer les foules d'illettrés chrétiens qui ne connaissent de la chrétienneté que le sens du martyr. Imaginez, pas plus tard qu'hier, l'abbé Diego a exhorté des jeunes fanatiques à insulter le prophète Sidna Mohamed en public. Quand la police a présenté ces jeunes devant le Qadi, ils ont expliqué qu'il est de leur devoir religieux d'insulter le prophète des musulmans. Le Qadi leur a expliqué qu'aucune religion n'ordonne à ses fidèles d'insulter les autres. Ensuite, après les avoir sermonné, il a voulu les relâcher. C'est là que les jeunes fanatiques ont été pris d'hystérie. Ils ne voulaient pas partir. Ils voulaient absolument mourir. Ils cherchaient le martyr ! Ce n'est que manu militari que les gardes les ont finalement reconduits chez eux. Par contre, le Qadi a ordonné l'emprisonnement de leur instigateur, l'abbé Diego. En ordonnant à ces jeunes naïfs d'insulter le prophète, il croyait qu'ils allaient être exécutés sans ménagement. Il a sous estimé l'intelligence du Qadi. En poussant ces jeunes au martyr, l'abbé Diego voulait provoquer un soulèvement populaire et faire rallier à sa révolte même les mozarabes, ces chrétiens complètement intégrés dans notre culture arabe. 
  •  C'est vraiment triste. En tout cas, Samuel est prêt à affronter son père et moi le mien. Quant aux fanatiques, quoi que nous fassions, ils seront toujours mécontents. 
  • Je vois. La flamme de l'amour vous brûle. J'espère que le feu se limitera à  votre coeur. Les bûchers en terre chrétienne sont légion de nos jours.
  • Je ne comprends vraiment pas ces fanatiques. Nous avons réussi à créer une société multi-raciale et multi-religieuse. A Qortoba les Espagnols de souche vivent en paix avec les Arabes venus d'Orient et les Amazighs venus d'Afrique du Nord.  Musulmans, chrétiens et juifs pratiquent leur religion en toute quiétude. Si les non musulmans payent une dîme à l'état (jizya), nous autres musulmans, nous payons la zakat dont le montant est plus élevé. Et tout cet argent va aux caisses de l'Etat pour le bien de toute la communauté. Pourquoi veulent-il détruire tout cela ? Pourquoi veulent-ils remplacer cette richesse culturelle par une société fanatique, illettrée et ennuyeuse ?
  • L'abbé Diego n'est qu'un instrument aux mains du roi Alphonse II qui a des objectifs de vengeance et de domination.
  • Revenons à notre propos. Penses-tu que je dois parler de Samuel à mon père après son retour du fort Almoudawar ? 
  •  Je devine déjà sa réponse. Mais vous pouvez, que dis-je, vous devez lui en parler.
  • Tu penses qu'il refusera.
  • J'en suis certain.
  • Alors j'irai jusqu'au bout de mes convictions ?
  • C'est-à-dire ?
          Je ne peux rien te dire maintenant, Zyriab. Merci pour le conseil. Je discuterai avec mon père dès son retour.


L'Aître de Saint Maclou

  • Allô ?
  • Salut Pierre. Excuse-moi de te réveiller à cette heure de la nuit. Mais j'ai une proposition importante à te faire.
  • Ca ne peut pas attendre demain matin ?
  • Non, justement, on doit prendre l'avion pour Paris tôt le matin.
  • Vas-y doucement, je ne comprends rien à ce que tu dis.
  •  Ecoute Pierre. Je ne peux pas tout t'expliquer maintenant par téléphone. Mais sache que c'est en relation avec l'expérience de l'ISA dont je t'ai parlé. On a abouti à des résultats extraordinaires. C'est top secret. Je ne peux rien dire au téléphone. Mais j'ai besoin de toi à mes côtés pour ce voyage en France. S'il te plaît, ne me laisse pas tomber.
          Dans cette supplication, il y avait une intonation inhabituelle chez Yasser. Piqué  dans sa curiosité, Pierre, ne pouvait hésiter un instant.
  • Ok ça marche. Je suis du voyage pour Paris.
  • Mille mercis ! Je savais que t'es un bon pote.
  • On se voit quand et où ?
  • Demain à 7h du matin, directement sur le tarmac de l'aéroport de Benslimane. J'ai tout arrangé. Il te suffira de présenter ta carte professionnelle à l'entrée de l'aéroport. On te conduira jusqu'à l'avion militaire qui nous amènera à Paris. Ce n'est pas le grand confort, mais on pourra transporter, sans compter, du matériel.
          Dans l'avion cargo qui les transportait, Pierre fut surpris par ce dont les militaires étaient capables. Profitant de l'espace disponible, ils avaient aménagé un espace de travail et de détente digne d'un chef d'état. Nosrati et ses deux assistants avaient tous les moyens de communication et leurs instruments à portée de main. Nosrati pouvait continuer son travail durant  le voyage. Sous l'insistance de son ami Labrot, il a fini par s'extraire à ses écrans. Il donna quelques consignes à ses assistants et vint s'installer à côté de son ami, sur des fauteuils en cuir. Ils prirent leur boisson préférée : le thé à la menthe. Nosrati entama la discussion en parlant de la menthe utilisée pour préparer le thé. Elle proviendrait de la région de Oualidia. L'eau d'irrigation étant légèrement salée, tous les produits fermiers de la région offraient une saveur spéciale, introuvable ailleurs. Nosrati expliqua également que même les boeufs et les moutons mangeaient, en plus de l'herbe et du foin, quelques algues marines se trouvant au bord de la lagune, donnant ainsi un goût spécifique aux viandes de la région. Parmi les qualités que Nosrati appréciait chez Labrot c'était sa patience. il était capable d'écouter religieusement ce discours sur les produits fermiers, alors qu'il brûlait d'envie de savoir la raison principale de son voyage en France. Nosrati finit par aborder le vif du sujet, brusquement et sans transition.
          "Il a fallu envoyer une sonde spatiale à plus de 7 milliards de kilomètres de la terre pour nous rendre compte que la réponse que nous cherchions était chez nous, sur notre propre planète." commença Nosrati. Puis il continua :
          "Pour que tu puisses comprendre l'enjeu de l'expérience que nous menons et des indices que nous cherchons, j'essaierai de te résumer notre démarche. La variation du plan de rotation de la ceinture de Kuiper qui nous préoccupe peut être modélisée à l'aide d'un système physique instable régi par des équations de la théorie des catastrophes. Jusqu'à aujourd'hui, il a été impossible pour nous autres scientifiques de prévoir son évolution future avec précision. Notre planète peut très bien traverser un champ d'astéroïdes demain ou continuer une vie paisible pour encore quelques millions d'années. Les plus pessimistes prévoyaient une fin proche de notre civilisation et les plus optimistes incitaient à dormir sur nos lauriers. Nous ne pouvions nous satisfaire de cette situation. Certes ce n'est pas un cas unique en astronomie. Par exemple, le mouvement des planètes qui nous paraît régulier et immuable est en fait un système complexe dont on ignore ce que sera le comportement exact dans quelques milliers d'années. Cependant le danger que représente la ceinture de Kuiper nous a incité à approfondir l'étude théorique de ce système et les mesures expérimentales à effectuer afin d'essayer d'avoir une meilleure prévision du futur de notre planète."
          Nosrati fut interrompu par un des assistants  venu lui déclarer : "Professeur, le système 3 est entré en résonance khi 2".  Ce à quoi il répondit : "Super ! Maintenez ce niveau d'énergie. On doit être prêt à l'arrivée en France dans une heure." Puis, se retournant vers son ami, il continua :
          "Le modèle théorique que j'ai établi avec mon équipe a permis d'avoir une vision nouvelle de la dynamique de la ceinture de Kuiper. Cependant, il nous manquait des données expérimentales précises nous permettant de "caler" notre modèle, comme ont dit, dans notre jargon. C'est-à-dire disposer de mesures d'expériences permettant de rendre le modèle fonctionnel et apte à produire des prévisions. La sonde que nous avons envoyée aux confins de système solaire nous est revenue avec des données précieuses. Nous avons récolté la moitié des données qui nous intéressaient. L'autre moitié se trouve ici sur terre. Et c'est là où le problème se complique. En effet, l'espace est resté relativement inchangé à l'échelle des siècles. Cela confère à nos mesures la précision nécessaire à nos équations. Nous n'avons malheureusement pas cette stabilité sur terre. Les changements dûs au climat et à l'activité humaine font que nos mesures souffrent d'imprécisions qui rendent toute prévision illusoire. Pour résoudre cette difficulté, nous avons alors considéré la composante temps de l'espace spatio-temporel où nous vivons. En effet, nous savons, depuis Einstein, que l'espace et le temps sont intimement liés par les équations du champ de la relativité générale. Théoriquement toute imprécision spatiale peut être compensée par une précision temporelle accrue. Il nous fallut donc trouver des évènements historiques bien datés et bien conservés pour nous permettre d'apporter les corrections nécessaires à nos calculs. C'est là où la chance nous a souri. L'un de mes assistants a un ami qui travaille au département archéologique de notre université. Il lui a parlé d'une découverte surprenante faite par hasard par les ouvriers d'une entreprise qui rénovait une ancienne église au nord-est de Paris. Les ouvriers ont découvert deux corps bien conservés, ceux d'une jeune fille et d'un jeune garçon. Croyant d'abord  qu'il s'agissait d'un acte criminel, le médecin légiste comprit vite qu'il s'agissait d'une découverte archéologique. Les spécialistes, dépêchés de Paris, ont confirmé qu'il s'agissait de corps "miraculeusement" conservés depuis plus de 11 siècles ! Le Président de notre université a obtenu que l'on puisse examiner les corps et surtout  leur environnement  avant qu'il ne soient ré-enterrés. Ils le seront probablement en tant que saints. La rumeur a déjà circulé comme une traînée de poudre dans toute l'Europe. La police a du mal à contenir les foules de pèlerins qui affluent sur le site. C'est pourquoi j'ai organisé ce voyage dans la précipitation. Les équipes scientifiques dépêchées du monde entier et qui ont été sévèrement sélectionnées selon l'importance des recherches qu'ils mènent, ont seulement 24 heure d'accès au site. Notre propre fenêtre d'accès se situe aujourd'hui entre 16h et 18h locales."
          Arrivés à Paris,  Nosrati et ses assistants furent pris en charge par une équipe de chercheurs français. Destination du voyage : la ville de Rouen. L'endroit où la découverte a été faite est l'église Saint Maclou, au niveau de son annexe appelée "Aître de Saint Maclou". Cet lieu hors du commun est décoré de dessins macabres de squelettes et de crânes humains. Il aurait servi comme charnier où on déposait les corps des morts avant de les brûler pendant les épidémies de peste qui ont sévi en France. Cette annexe de l'église Saint Maclou aurait également servi à enseigner la musique à des jeunes enfants qu'on n'hésitait pas à plonger dans cet environnement lugubre pour apprendre l'art musical. Aujourd'hui, cet endroit est utilisé par des troupes locales pour présenter des pièces de théâtre dans l'espace découvert au milieu de la bâtisse.
          Avant l'arrivée sur les lieux de la découverte, on remit à Nosrati et son équipe un petit mémento résumant les données historiques obtenues sur les deux corps à partir des faits et des indices récoltés sur place. Les deux corps seraient ceux d'un prince de Navarre et d'une princesse arabe originaire probablement de Qortoba, en Espagne. Le jeune prince aurait disparu après une violente dispute avec son père le roi Garcie Ximénès, fils du compte Aznar. Quelques années plus tard on eut trace des deux jeunes gens à Rouen où ils enseignaient les mathématiques dans une église. Par la suite, on perdit toute trace d'eux. Certains récits historiques affirment que les jeunes gens furent brûlés pour hérésie. D'autres déclarent qu'ils ont été crucifiés et qu'après leur supplice, un violent orage frappa la région et fit tomber par terre les deux crucifiés. On s'empressa alors d'enterrer les deux corps. La récente découverte corrobore cette deuxième version des faits. Mais aucune explication n'a pu, jusqu'à maintenant, être avancée pour expliquer l'extraordinaire état de conservation des deux corps.
          Arrivés sur le lieu de la découverte, Nosrati et son équipe furent surpris par l'aura magique qui se dégageait du lieu. Les recommandations données aux chercheurs de ne pas toucher les corps directement, de peur de les contaminer, étaient inutiles. Personne n'oserait toucher ces êtres extraordinaires qu'on dirait plongés dans un sommeil profond mais paisible. Leur visage, d'une beauté magnifique, hypnotisaient ceux qui les contemplaient. Qui oserait perturber l'état de grâce dans lequel semblent   plongés les deux miraculés et tout l'environnement qui les entoure. Dès qu'une personne entrait dans ce lieu magique, elle avait l'impression de se soustraire au temps. Une impression de flottement la saisissait. Durant quelques secondes ou minutes, nul ne le sut, les chercheurs sont restés tétanisés devant la splendeur du spectacle qui s'offrait à leurs yeux. Ce n'est qu'après un moment qui parut  une éternité à ses yeux, que le sens professionnel de Nosrati  réussit enfin à reprendre le dessus. Secouant ses assistants, il leur ordonna d'installer avec précaution les appareils de mesures dans l'environnement immédiat des deux corps. Les instruments parurent d'abord s'affoler, les chiffres et les courbes sur les écrans dansaient follement dans tous les sens, avant de se stabiliser. Nosrati marmonnait des mots inintelligibles et semblait encore plus frappé par ce que ses instruments lui indiquaient. Il jubilait. Il avait envie de rire. De pleurer. Il tripotait frénétiquement son clavier et consultait de manière incessante ses écrans. Il se tourna vers son ami Pierre mais ce dernier était encore sous le charme des deux miraculés. De toute façon, il n'aurait rien compris au sens des chiffres qui défilaient sur les écrans de Nosrati. Quant aux deux assistants, tels des robots d'Asimov, ils exécutaient machinalement les manipulations que leur demandait leur professeur. Mais ils avaient perdu tout sens de la réalité.
          Nosrati a trouvé ce qu'il espérait. La terre qui entoure les deux corps a conservé son état d'il y a 1100 ans. Il ne croyait pas ses yeux. En déplaçant à peine ses instruments de quelques centimètres plus loin des deux corps, les données changeaient complètement. D'une précision médiocre d'habitude, près des deux corps, ils redeviennent stables et d'une régularité extraordinaire, comparables aux chiffres ramenés par la sonde envoyée vers la ceinture de Kuiper. Nostrati tenait enfin son modèle. Il pourra enfin, moyennant quelques jours de calculs sur le super-calculateur de l'université, avoir des prévisions justes du futur de notre planète.

Epilogue

          De retour à Oualidia, Pierre passait en revue le film des évènements qui lui paraissaient totalement irréels. Les pensées se bousculaient dans son esprit.
          Le passé est le miroir du présent. C'est également la clef du futur. L'histoire est une perpétuelle pièce de théâtre que des générations successives rejouent en croyant qu'ils le font en avant-première. Des peuples et des races, acteurs amnésiques, changent régulièrement de rôles joués dans ce drame civilisationnel.
          Peu importe de savoir si la terre allait heurter un astéroïde aujourd'hui, demain ou dans un million d'années. Les chiffres que le super-calculateur allait cracher n'avaient pas de signification en eux -mêmes. Qu'ils annoncent l'apocalypse ou le paradis, les deux destins étaient déjà en nous. Tels ces deux êtres exceptionnels surgis miraculeusement de notre passé. Leur amour qui avait transcendé les races et les religions est un puissant phare d'optimisme qui guidera tous les combattants de la liberté jusqu'à la fin des temps. Par contre leur sacrifice nous prouve que nous autres humains, nous savons détruire ce qui est meilleur en nous.
          Même si notre terre ne heurte aucun astéroïde, nous finirons par la détruire nous mêmes.

Friday, September 23, 2011

قراءة في كتاب "الكتاب و القرآن"


العنوان : الكتاب والقرآن
المؤلف : الدكتور محمد شحرور
السلسلة : دراسات إسلامية معاصرة
الناشر و التاريخ : دار الاهالي - الطبعة الأولى1990
ملاحظة : من الممكن مطالعة الطبعة الجديدة من  هذا الكتاب مباشرة في موقع الدكتور محمد شحرور : ـ http://www.shahrour.org/

 ـ 1) ما استخلصته من الكتاب : ـ

يتميز الكتاب ببنائه على أساس منهجية علمية  تعتمد على ادوات لسانية و لغوية رصينة. إنطلاقا من هذا التقعيد النظري المطروح في أول الكتاب، يعمد الكاتب إلى تعريفات دقيقة لمصطلحات قرآنية مثل الكتاب، القرآن، أم الكتاب، السبع المثاني، و غيرها من المفردات القرآنية. كما يصنف الدكتور محمد شحرور آيات القرآن الكريم إلى محكم، متشابه و مفصل و يعطي تعريفات مقنعة و غير مسبوقة لهذه المصطلحات.
بعد هذه التعريفات و المصطلحات سيتمكن الكاتب من عرض نظرية القرآن الكريم في الوجود الإلاهي و الكون، نظرية المعرفة، نظرية الأخلاق، التشريع، الإقتصاد و الجمال و الفن !  كل هذا في ما يقارب الثمانمائة صفحة من القطع الكبير.
أعجبت أيضا ببعض الآليات اللغوية الخصبة التي استخلصها المؤلف من آيات القرآن الحكيم و طبقها على كثير من المواضيع الاجتماعية فمكنته من اسنتاج فقه حداثي جميل و ضارب جدوره في أصول الذكر الحكيم. من بين هذه الآليات المعرفية الخصبة أذكر على الخصوص جدلية الإستقامة و الحنيفية. لإن كان معنى الإستقامة و اضحا فمغزى الحنيفية كنت أجهله تماما. يعرف الدكتور شحرور الحنيفية بمعنى الإنحناء  و التغير في مقابل الخطية و الثبات في الإستقامة. كما يقيم الكاتب تشبيها لهذه الجدلية في ميدان التحليل الرياضي بما يسميه الكاتب التوابع 
y=f(x)  
ونسميه في المغرب الدوال العددية. و يعطي نماذج لهذه الدوال في الحدود و المواريث.

بالطبع من العسير جدا تلخيص كل المواضيع أو النتائج التي توصل اليها الباحث في هذا الكتاب لكن سأعرض فقط للمواضيع التي أثارت انتباهي إما لطابعها الجديد أو لكونها موضع جدل معروف : ـ

ـ1ـ  السبع المثاني هي سبع من فواتح السور ذات الحروف المقطعة مثل الم، المص،كهيعص و هي أيضا 
2 x 7 = 14
حرفا أو صوتا  مستخلصة من فواتح السور أيضا
ـ2ـ تأويل قصة آدم بما يتناسب مع العلم الحديث و نظرية التطور على الخصوص. فآدم ليس أول من خلق من البشر يل هو كناية عن مجموعة من البشر بلغوا من التطور قدرا يأهلهم لعملية "الأنسنة" التي عبر عنها القرآن بالنفخ الروحي. و يمضي تطور الإنسان و لغته حتى يبلغ مرحلة متطورة لغويا تمكنه من تلقي الرسالة مع نبي الله نوح عليه السلام. يبين الكاتب أن الطوفان كان فقط في منطقة معينة و ليس  في الﻷرض كلها و أن الحيوانات المحمولة هي فقط الحيوانات الأليفة آنذاك مما يجعل قصة الطوفان أقرب إلى العقل الحديث. كما يستنتج الكاتب أن مقولة السامية التي تقضي أن العرب و اليهود يلتقون في جدهم الأعلى سام ابن نوح ، هراء لا أساس له. فبعض العرب و بعض اليهود هم من أبناء آدم و ليسوا من سلالة نوح عليه السلام.

ـ3ـ لا بد من إعطاء السنة النبوية بعدها الإنساني المحدود و تنقيتها من كل ما ينافي العقل و اعتبارها تطبيقا للقرآن في مرحلة زمنية و ظروف معينة لا تتسم بالإطلاق.

ـ4ـ فيما يتعلق بالمواريث هناك حد أعلى و آخر أدنى فمن الممكن جدا أن يتعادل نصيب المرأة و الرجل أو يكون للمرأة نصيبان و للرجل نصيب واحد أي عكس ما يعمل به عادة

ـ5ـ  الربا المحرم هو ما فاق 100 في 100 خلال المدة الكاملة للقرض أما ما دون ذلك فلا حرج فيه

ـ6ـ الخمر غير حرام و الإجتناب أقل من التحريم لغة

ـ7ـ ما يحرم من إظهار جسم المرأة هو الجيوب غير الظاهرة كالفرج و الإليتين و ما بين أو تحت الثديين و تحت الإبطين. أما ما عدا ذلك فداخل في إطار الحشمة و اﻷعراف الاجتماعية و لا علاقة للحلال و الحرام به.

ـ8ـ العلاقة بين الرجل و المرأة متكافئة تماما و المعاملة أو النظرة الدونية لها من طرف بعض المسلمين ناتجة عن فهم لغوي خاطئ لبعض الآيات. مثلا آية الضرب في سورة النساء المقصود بالضرب ليس اللطم او الوكز أو الركل و إنما المقصود هو إتخاذ موقف علني (و شفوي) صريح من طرف الرجل اتجاه المرأة، أو العكس. أما النشوز المذكور قي الآية فالقصد منه الإنحراف الجنسي من جانب الرجل أو المرأة. أما كلمة النساء في آية "زين للناس حب الشهوات" في سورة آل عمران فهو جمع نسئ و هو لغة يعني المتأخر  أو ما يسمى اليوم ب"الموضة" ... أما البنين في نفس الآية فالمقصود هو اﻷبنية و إلا فلا معنى أن يجمع الله في مرتبة واحدة الشهوات بين المرأة و الولد و الذهب و الفضة و الخيل ...ـ

ـ9ـ للكاتب تأويل جميل و متكافئ لمعنى القوامة في الآية  "الرجال قوامون على النساء" ... ـ
ـ10ـ نظرية الكانب القرآنية في الفن و الجمال لا تدع مجالا لتحريم أي شكل من أشكال الإبداع الفني الإنساني الراقي

أما في الخاتمة فيتطرق الكانب إلى مسألة العلمانية و كونها تتنافى مع الرسالة الإسلامية الشاملة للكثير من مناحي الحياة. ثم تحدث عن مقومات الدولة العربية الإسلامية و كونها بعيدة كل البعد عن شعارات "دستورنا القرآن" أو "تطبيق الشريعة" بمفهومها الخاطئ السائد حاليا. أما الميزان الحق، في رأي الكاتب, لمعرفة إسلامية أمر من الأمور هو استيغاؤه لشرطين اثنين : عدم مجاوزة الحدود (كما عرفها المؤلف) و الإلتزام بالعدالة المبنية على بيانات مادية إحصائية. كما تطرق الكاتب في الخاتمة إلى العقل العربي الذي يصفه ب"الإتصالي" وعزا تخلفنا بلداننا العربية إلى غياب نظرية معرفية إسلامية لدينا.ـ

 ـ 2) مقاربة نقدية : ـ

أولا أود أن أوضح أنني لست باحثا في اللغة و لا أملك الأدوات اللسانية لمناقشة الكاتب في الأساسيات التي بنى عليها بحثه.فهاذا العمل جدير بالأساتذة و الطلبة الباحثين في الجامعات.  بالرغم من أنني لست باحثا متخصصا فإن تكويني و مهنتي في الهندسة المعلوماتية و كنت شغوفا إلى عهد قريب بالمطالعات الفلسفية و الدينية بمفهومها الواسع. من هذا الجانب و انطلاقا من حرصي على إعطاء وجهة نظري للكاتب من جهة  و للصديق الذي أقرضني الكتاب من جهة ثانية، فإنني سأدلي بدلوي في بعض المواضيع التي يطرحها الكاتب. لا أبتغي من وراء ذلك سوى تبليغ ما خالج صدري أثناء قراءتي لكتاب الدكتور شحرور بكل صدق و حسن نية. مناقشا اﻷفكار و ليس شخص الدكتور شحرور الذي أحيي فيه جرأته العلمية في زمن غلب فيه النائمون و المتعصبون. كما أحيي في اﻷستاذ، و الفقيه بحق، محمد شحرور، حرارته الدينية و غيرته على الحنيفية المحمدية التي شممتها و ذقتها من خلال صفحات الكتاب.ـ

ـ1.2ـ بحوث  مماثلة و أمل في المستقبل :ـ

إن كتاب الدكتور محمد شحرور يصب في إطار محاولات جريئة من داخل الجسم الإسلامي لنفض الغبار عن الفقه الإسلامي الذي يغط في سبات عميق. أذكر من ضمن هذه المساهمات عمل الأستاذ جمال البنا, أنظر في هذا الباب تعليقي على كتابات جمال البنا هنا. أنطر أيضا تعليقي على كتاب "قراءة في كتاب أبسمولجية المعرفة الكونية"ـ
ألاحظ أيضا أن المقاربة اللغوية لفهم و تأويل القرآن الكريم مقاربة غنية و خصبة, ليس أدل على ذلك من أن  الكثير من النتائج التي توصل إليها الكاتب حول خلق الإنسان نجدها أيضا نتيجة بحث لغوي في كتاب محمد منير إدلبي "أبناء آدم من الجن و الشياطين".  أما تفسير "النبي الأمي" التي جاء بها الدكتور شحرور فهي نفسها التي دافع عنها المرحوم الدكتور محمد عابد الجابري في أحد آخر مؤلفاته "مدخل إلى القرآن الكريم، الجزء الأول، في التعريف بالقرآن" (مركز دراسات الوحدة العربية، الطبعة الأولى 2006). ـ

بالطبع هذه فقط المقاربات التي اطلعت عليها و تحضرني الآن و لا شك أن هناك محاولات جريئة أخرى. هذا الزخم ظاهرة صحية في الجسم اﻹسلامي  و لا بد أن يؤدي إلى نتائج طيبة خصوصا إذا تكرست المقاربة المنهجية العلمية التي تميز بها عمل الدكتور شحرور و الذي يمثل في رأيي طفرة نوعية في هذا المجال.ـ


ـ2.2ـ في جدوى اللجوء إلى التوابع في الرياضيات و مسألة الإرث  :ـ

لم أفهم الفائدة من إقحام التوابع الرياضية (الدوال العددية) في البحث. بالطبع شيء جميل أن نقيم توازيا بين بعض المعاني الفقهية و بعض الأدوات الرياضية. هذا جانب فني و جمالي فقط، أما من الناحية العلمية الإجرائية لا فائدة من إدخال التوابع في موضوع الكتاب. فمن الناجية الرياضية إن أردت التعبير عن تغير "تابع" مثل مقدار الإرث بين حد أدنى و آخر أعلى فإنني أعبر عنه بالكتابة الرياضية للمجالات، مثلا
[1/3 , 2/3]  ; [1/2 , 1[   ...
هذه كتابة مقتضبة، معبرة، سهلة و كافية. لا يخفى على الدكتور شحرور أن كل ما هو زائد عن الضروري في الرياضيات فلا فائدة من استعماله أبدا، بل إن ضره أكثر من نفعه. و هذا اﻷمر واضح جدا في اﻷمر الذي يهمنا الآن. مثلا قد يكون هناك إنسان متمكن من اللغة العربية و يمكنه أن يغنينا في التحلبل اللغوي لآية الإرث و هب أن هذا الإنسان لم يدرس أبدا التحليل الرياضي و يعرف فقط الحساب و الرياضيات البسيطة. عندما يرى هذا الإنسان الكتاب يتحدث عن الحدود الرياضية اللانهائية و عن الإشتقاق الأول الذي يعني صفره حدا أفقيا ... عندما يقرأ المسكين كل هذا إما أن يأكله الحسد أو اﻷسى لعدم فهمه ما يقرأ فيبدأ في انتقاد غير منطقي ﻷنه نابع من قلب غير سليم و إما أن يستسلم و يقول مع نفسه أن هذا اﻷمر فوق مستواه و لا طاقة له بفهمه فكيف يناقشه ؟ و في كلتا الحالتين نكون قد أضعنا فرصة مشاركة لغوي متمكن، في نقاش الجانب اللغوي فيه أهم بكثير من الجانب الرياضي. إذ كل ما نحتاجه حقيقة من الرياضيات في حدود الإرث هو تلك المقارنات البسيطة "أصغر من" ، "أكبر من" أو " بين و بين". أليس هذا مؤسفا؟

هذا من الناحية الشكلية أما في صلب موضوع الإرث مثلا فإنني لا أجد في آيات الإرث في سورة النساء لا حدا أدنى و لا حدا أعلى. ما هو اللفظ القرآني الذي استشف فيه الكاتب أن هناك حدودا دنيا أو عليا ؟ لم أجده شخصيا رغم إعادة قراءتي للنص. مثلا في تأويل آية الربا هناك كلمة "أضعافا" تجعلنا نفكر في متغير يأخذ قيمته في المجال 2 أي الضعف فما فوق. أما آيات الإرث فلم أجد شيئا من ذلك. إذن يبقى تأويل الكاتب للحدود في آيات الإرث تأويلايطبعه الجانب العاطفي الذي يريد أن يرى في آيات الإرث متغيرا و مجالا للإجتهاد بينما لا أجد أنا شخصيا شيئا من ذلك. بالطبع أنا متفق عاطفيا 100 في 100 مع النتيجة التي توصل إلبها الكاتب و التي مفادها أن من حق المرأة أن يكون لها نصيب يعادل أو أحيانا يفوق نصيب الرجل أو ينقص عنه حسب الظروف، لكنني لست مقتنعا ببرهنة الكاتب عن هذا الإجتهاد. لكن العاطفة شيء و البرهان أمر آخر ... ـ

ـ3.2ـ في موضوع مكانة المرأة و مواضيع أخرى  :ـ

كم أعجبني تأويل آية "زين للناس حب الشهوات ..."  في سورة آل عمران و كم أحببت تأويل "اضربوهن" في سورة النساء و كم أحزنني إخراج الخمر من دائرة المحرمات و كم أضحكني بل أبكاني الحديث عن "الجيوب" المخفية للمرأة و كم آلمني تحذير الكاتب في الخاتمة من أن الله "يكيد" لكل من يخترق حدوده...ـ

لا أود أن أدخل في تفاصيل منطقية في هذا الباب بل أكتفي بعرض إحساسي المذكور أعلاه و أضيف قائلا :ـ

اـ إن الله سبحانه و تعالى الذي أحبه و أجله و أقدسه أعلى من أن يدخل في تفاصيل اللباس و العورة و الأكل و الشرب  و أن الإنسان بلغ حدا من التطور يمكنه البحث و البث في هذه الأمور  بعقله

بـ إن "الفتنة" بمفهومها السائد هي من اختراع فقهاء من زمن غابر،  نكن لهم كامل الحب و الإمتنان لما قاموا به في زمنهم. أما مجتمعاتنا الحاضرة فلا علاقة لفقههم بها.ـ

جـ إن الله تعالى و إن كان من أسمائه "المنتقم" فإنه بحبه و رحمته أعلى من أن يكيد أو  ينتقم لحدود لم يتفق البشر على تأويلها و تحديدها.ـ


ـ4.2ـ الإسلام صالح لكل زمان و مكان  :ـ

هذه مقولة سمعناها و قرأناها في كل مكان و في هذا الكتاب لا يكتفي الدكتور بقولها بل يحاول أن يبرهن عليها عن طريق خلق منظومة فكرية يستنتج من خلالها فقها لا يتنافى و قيم الحرية و المساواة السائدة في الغرب. و بالتالي فالإسلام قابل للتطبيق في الغرب ... و في كل مكان.   لا أتفق بتاتا مع هذه المقولة و أود فقط أن أطرح بعض الملاحظات :ـ

اـ  إن أهل كل دين فيهم العلماء و الفلاسفة و المفكرون و معظمهم بل كلهم يبرهنون "بالأدلة  العلمية القاطعة" على أن منظومتهم العقدية صحيحة و أن دينهم خير دين. كل يعتقد يقينا أنه على حق قطعا و أن غيره على باطل.ـ

بـ كيف يكون الإسلام صالحا لكل مكان و زمان و القرآن لا ذكر فيه  لديانات و شعوب لها ديانات و حضارات تجاوز عمرها الخمسة آلاف سنة ؟  إن شجرة اﻷنبياء و الرسل التي في الكتاب لا مكان فيها لبوذا و كريشنا و ماهافيرا و لاوتسو و غيرهم من مؤسسي الديانات الهندية و الصينية. إن القرآن الكريم يتكلم عن النصارى و اليهود و بعض الشعوب الذين عاشوا في الجزيرة العربية و الشرق اﻷوسط و لا يتكلم أبدا عن ديانات و شخصيات فذة لا تقل قيمة عن موسى و عيسى و صالح عليهم السلام. ألم يقل القرآن الكريم "و رسلا لم نقصصهم عليك"  ؟ أفلا يناقض هذا عالمية الإسلام كما نفهمها و ندافع عنها نحن؟

جـ لا فضل لعربي على عجمي و لا لأبيض على أسود و لا  لمسلم على مسيحي و لا لمسيحي على يهودي و لا ليهودي على بوذي و لا لبوذي على زردشتي و لا لزردشتي على ملحد إلا ... باﻷخلاق الإنسانية النبيلة. هكذا أفهم مقولة الرسول صلى الله عليه و سلم و كل آية أو حديث لا يسير في هذا السياق بجب إعادة قراءته و تأويله. كون الإسلام صالحا لكل زمان و مكان لا يمكن أن يكون سوى باحترام كل عقيدة أو دين في كل زمان و مكان. فقلب الإسلام رحب يتسع لكل ملة و دين و لا يجبر أحدا على احترام حدوده و اتباع أوامره و اجتناب نواهيه. بإمكان أي شخص أن يدخل الجنة ما دام عضوا صالحا في المجتمع لا يضر بأي شخص و لا يعتدي على حريته. هذا هو الإسلام الشامل الصالح لكل زمان و مكان أما غير ذلك فأظنه من باب الأماني الفارغة.ـ

 ـ 3) و بعد ... : ـ

إن كتاب الدكتور محمد شحرور بحث علمي فذ و غير مسبوق في كثير من جوانبه و يسهم حقا و فعلا في تطوير الفقه الإسلامي و نفض ليس الغبار بل الطبقات الرسوبية عنه ! ـ

لكن لئن بدا عمل الدكتور شحرور هذا عملا ثوريا بالمقارنة مع واقعنا الحاضر، فإنه في نظري لا زال غير كاف و لن يكون أي عمل تجديدي في الدين  كافيا ما لم تتوفر فيه الشروط الآتية  :ـ

اـ أن يرجع بالدين إلى مجاله الطبيعي في العلاقة الحميمية بين الإنسان و ربه و تلك العلاقة اﻷخوية  بين كل البشر القائمة على الحب و الإحترام المطلق لحرياتهم و عقائدهم و إن كانت هشة

بـ أن يتخلي نهائيا عن فكرة الحدود الدينية سواء في اﻷمور الخاصة كالمأكل و المشرب و علاقة الرجل و المرأة و ما شابه ذلك أو في الشؤون العامة كالإقتصاد و المعاملات التجارية. أما اﻷمور الخاصة فتترك لتقدير كل انسان مع ممارسة حريته الكاملة. أما الشؤون العامة فتترك ﻷحدث ما توصل إليه الفكر البشري في تسيير الشأن العام مع ترك المجال مفتوحا للتطوير و الإبتكار بدون قيد أو شرط، سوى مصلحة الإنسان، كل الإنسان من غير تمييز، في مجاله البيئي الذي لا يعرف حدودا سياسية.ـ

جـ أن يوسع مفهوم العبادة و يدخل فيه كل مجالات الإبداع الفني الراقي و يعتبر كل عمل مهما كان شكله  ينشد به الإنسان تجاوز محدوديته و الإقتراب من المطلق هو من صلب العبادة. غني عن الذكر أنه بهذا  المفهوم تصبح العبادات التي قررها الإسلام جزءا من العبادة و ليست كل العبادة، لا مفروضة و لا ممنوعة ...ـ

دـ أن يتخلى نهائيا عن كل المعتقدات الغيبية كالجنة و النار و عذاب القير و القيامة و البعث و الملائكة و يترك كل ذلك للتجربة الإنسانية.

لا أقصد بالتجربة الإنسانية أعلاه  التجارب العلمية في الفيزياء و الكيمياء أو المجالات المادية الأخرى بل أقصد التجارب النفسية و الروحية التي يحدثنا عنها المتصوفون من كل مكان. فقديما سُمم سقراط و صلب عيسى و  قال الحبيب محمد عليه السلام لحارثة "يا حارثة عرفت فالزم" أي الزم الصمت  خوفا على الناس من الفتنة و بعده لزم الصمت صوفي و عالم جليل كأبي حامد الغزالي و قال في عدة صفحات من كتبه "لم يرخص لنا المصطفى  عليه السلام في البوح بهذا" أما أبو منصور الحلاج فهزه الوجد و خانه النطق و لم يلزم الصمت فقتل متهما بالردة أما العالم الرياضي و الصوفي عمر الخيام فجلد مُتهما بالزندقة و صمت ... ثم قال شعرا لا زلنا نتغنى به و إن كنا لا نعي كل ما يقول. أظن أن البشرية بلغت درجة من النطور يمكنها أن تفهم بل تجرب ما قاله الحكماء و المتصوفون منذ ـآلاف السنين انطلاقا من بوذا و مَنْ قبله و مرورا بسقراط و موسى و عيسى  و الحبيب المصطفى عليه السلام و كثيرون عاشوا و يعيشون بين ظهرانينا ... "منهم من قصصنا  و منهم من لم نقصص عليك" ... إذا استوعبنا و جربنا ما يقوله هؤلاء الحكماء فسينتفي الإبمان بالغيب و يحل محله شهود الغيب  "ليكون الرسول شهيدا عليكم و تكونوا شهداء على الناس" ـسورة الحج، آية 78ـ

Tuesday, March 15, 2011

الهالة


أهدي هذه القصة إلى إبني معاذ و أصدقائه المكفوفين. كما اهديها إلى كل محب للحرية و الجمال في هذا الكون البديع.
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Wednesday, June 23, 2010

Partage d'un moment de bonheur

Photo : Mouad FDIL
Message envoyé à la liste de discussion enfant-aveugle@yahoogroupes.fr
le 23 juin 2010.

Bonjour,

Je voudrais partager avec vous une bonne nouvelle personnelle. Mouad, mon fils devenu aveugle vers l'âge de 8 ans, a eu hier son baccalauréat Lettres modernes avec mention Assez bien et une moyenne générale de 12,63.

Je vous laisse imaginer les scènes de joie et de liesse hier à la maison et avant cela à son école où les 8 candidats au bac de cette année à l'OAPAM (Organisation Alaouite pour la Protection des Aveugles et Malvoyants) ont réussi leur bac, dont la moitié avec mention.

Une page de ma vie est tournée. Je me tourne maintenant vers le doctorat... Je rêve peut-être, mais si on m'avait conté la journée d'hier il y a 10 ans, j'aurais rétorqué que c'est du rêve. Donc l'espoir est permis.

Je partage avec vous ce moment car je compare la situation de ma petite famille aujourd'hui avec il y a une dizaine d'années, la différence est comme le jour et la nuit. Nous étions au bord du gouffre, nous sortions d'une crise de larmes vers une dépression pour replonger dans un autre cauchemard. Tout allait de travers. Nous étions anéantis, si ce n'est cette faible lueur d'espoir qui permet aux humains de garder la tête haute, au-dessus de l'eau.

Khadija, ma femme, qui jadis n'osait pas mettre les pieds à l'OAPAM et ne pouvait prononcer le mot "aveugle", ma femme aujourd'hui est non seulement la présidente de l'association des parents d'élèves aveugles et mal-voyants mais en plus elle est vraiment la seconde maman de tous les élèves du CE1 au baccalauréat ! Quand je vois comment les élèves de tout âge l'entourent à chaque fois qu'elle vient à l'école, je mesure la différence avec une autre époque. Notre propre maison est devenue un
club pour anciens et actuels élèves de l'OAPAM. Des années après avoir obtenu leur bac et suivant leurs études à l'université, certains anciens continuent à venir de temps à autre voir "L'Oustada" (La Professeur), sous-entendu ma femme, qui est par ailleurs profs de math dans un lycée "standard".

Hassan, un homme que je ne connaissais pas, a l'habitude de s'assoir dans un café situé juste en face de l'arrêt du bus, à côté de chez moi. Les jeunes aveugles qui viennent nous voir à la maison descendent à l'arrêt du bus situé, par rapport à notre immeuble, de l'autre côté du bouleavard Bahmad, une artère très chargée de Casablanca. Hassan est devenu le "passeur" qui fait traverser aux aveugles le boulevard Bahmad.

Les deux soeurs de Mouad sont totalement imprégnées de la problématique des aveugles. Khaoula la cadette de Mouad qui a 14 ans est maintenant la spécialiste de transcription en braille, en français et en arabe, sur la Perkins de la maison. Mariam, 11 ans, m'a entendu parlé de l'achat d'un tandem tout terrain pour que Mouad puisse participer avec nous aux randonnées à bicyclettes dans la forêt de Benslimane. Elle n'a pas attendu cet investissment hypothétique, elle a appris à son frère Mouad et à ses copains comment conduire eux-même leurs VTT. Tant pis s'ils
percutent un arbre, foncent dans un talus de pierres, ils conduisent eux-mêmes leurs bicyclettes pour le plaisir ! Les égratignures récoltés dans cet exercice sont autant de trophés gagnés.

Zineb, la cousine de Mouad. Surnommée Jaws, elle lit tout ce qu'on lui donne. Du SMS privé jusqu'au cours de Philosophie sur Kant ou Hegel en passant par la poésie arabe. Il faut reconnaître qu'elle a une qualité inégalable : elle lit sans hésiter tout ce qui s'écrit avec des caractères latins ou arabes. Mais alors ne lui demandez surtout pas le sens de ce qu'elle lit de sa voix haute au timbre fort :-) Ce n'est pas
son problème s'il y a des fautes d'orthographes ou si la personne qui a écrit le cours qu'elle lit a sauté tout un paragraphe :-) Donneuse de voix, ses enregistrements ont non seulement servi à Mouad mais également à toute une clique de jeunes élèves aveugles dans plusieurs villes du Maroc. Elle était peut-être, ses dernières semaines, la "rock-star" la plus écoutée chez les élèves de l'OAPAM

Voilà, nous (re-)vivons à nouveau. Normalement. Comme toute autre famille avec nos soucis, nos espoirs. Mais également avec un peu plus de responsabilité et de bonheur que nous procurent ces jeunes aveugles et malvoyants, véritables petits bonhommes et demoiselles pleins de vie; et de défis; et dont la cécité n'entrave en rien leur désir de croquer la vie à pleines dents !

Cordialement
Tarik